La formation des jeunes en préparation physique : Interrogations et propositions

Cela fait déjà plus de trois ans que j’ai eu l’opportunité de présenter à la seconde conférence de l’U3P à Paris, conférence organisée par Arnaud Ferec avec des intervenants comme Martin Buchheit (Paris Saint-Germain), Aurélien Broussal (ancien préparateur physique avec les équipes nationales de judo de la Russie et de la Grande-Bretagne, notamment) et Steve Hess (auparavant avec les Nuggets de Denver), pour ne nommer que ceux-là. J’ai aussi eu l’occasion de rencontrer Fabrice Serrano, fondateur de Step Up-Sports (http://stepup-sports.com/fr) et préparateur physique spécialisé en basketball. Quelques temps après l’événement, Fabrice a envoyé un courriel à quelques intervenants afin de questionner et discuter sur le sujet suivant : la formation des jeunes en préparation physique. Or, je ne sais pas si Fabrice a partagé cette information sur son site web ou autre, mais j’aimerais être en mesure de partager avec vous mes réponses et mes observations sur cette thématique avec comme objectif de proposer des pistes de solutions ou de réflexions.

Avec les jeunes, mon objectif principal en tant que préparateur physique est de leur permettre d’acquérir une fondation assez vaste en termes de mouvements; une fondation axée sur la qualité de mouvement avant la quantité. Toutefois, étant donné que ces jeunes ont quand même des critères à rencontrer dans la pratique de leur sport, je ne peux pas me permettre d’isoler un seul objectif au détriment des autres. L’approche en préparation physique doit donc tenir compte de l’aspect sportif (technique, tactique, etc.) et une discussion avec l’entraineur sportif doit avoir lieu. C’est toutefois mon travail que de savoir orienter le contenu et d’enseigner aux jeunes pour que ceux-ci puissent améliorer leurs mouvements afin de réduire les risques de blessures, à ne pas permettre de compensation à long terme et au final, optimiser la performance et la santé.

 

Mes réponses aux questions de Fabrice sont présentées ci-dessous selon les différentes thématiques que nous devions aborder.

 

  • Prise en compte de l’individu : Je suis tout d’accord sur le fait que la prise en compte de chaque individu est nécessaire et cela, étant donné de chaque historique d’entrainement, signature de mouvement, besoins, objectifs, rythme de maturation et de croissance sont différents d’une personne à une autre. On sait également que chaque individu ne répond pas à une même prescription d’entrainement. Dans un contexte d’équipe comme en basket, cela pose évidemment un problème de logistique. Comment puis-je orienter le plus possible mon contenu d’entrainement pour le groupe en tenant compte de l’individualité de chacun ? Le même constat s’applique évidemment pour l’entraineur sportif. Peut-on identifier des besoins communs à plusieurs joueurs et ainsi proposer un contenu plus orienté à leurs besoins dans un cadre d’équipe ? Un beau casse-tête en effet.

 

  • Existent-ils des étapes ou pas indispensables dans la formation du sportif : Selon moi, il existe effectivement des étapes dans la formation du sportif. Je dirais ici que ma réflexion est très influencée par les travaux de Kelvin Giles. Cette citation en est le meilleur exemple : « Give them the Physical Competence to do the technical stuff and then the technical competence to do the tactical stuff – in that order ». Donc, mon approche avec les jeunes athlètes que j’encadre est a priori orientée sur l’efficacité du mouvement. Dès que tu maitrises les mouvements fondamentaux que sont le squat, la fente, le hip hinge (dissociation du mouvement de la hanche et de la colonne lombaire en soulevé de terre roumain), la poussée, la tirade, la rotation et le gainage, tu peux progresser au travers du registre proposé par Kelvin Giles (2012). Bien qu’un athlète puisse ne pas démontrer la compétence dans certains mouvements fondamentaux, je ne m’empêche pas d’entrainer par exemple la course et le gainage de manière mixte ou utilisant une approche multivariée. Si le sport pratiqué requiert des qualités de gainage et de course, je ne pense pas être en mesure de me priver d’entrainer ces mouvements/qualités bien longtemps. J’utilise donc de multiples progressions et régressions d’exercices afin d’en faciliter l’intégration.

Progressions des exercices selon Kelvin Giles (2012)

 

  • Existent-ils également des étapes ou pas indispensables dans la formation du sportif pour le renforcement musculaire : À cet égard, la question de contrôle et de qualité du mouvement est très importante pour moi. Je demande avec les jeunes une belle exécution du mouvement avant de penser à le répéter à plus grand volume. Plus spécifiquement, il est possible de manipuler l’amplitude de mouvement et la vitesse de mouvement si le mouvement est nécessaire dans la pratique sportive. Prenons le squat par exemple, disons qu’un athlète manque de mobilité à la cheville pour réaliser le mouvement complet, pourquoi éliminer cet exercice alors qu’un mouvement de demi-squat est possible et que l’athlète en question est en mesure de le faire sans problème ? Certains pourraient dire que je ne fais qu’ajouter une « fonction au-dessus d’une dysfonction » – Gray Cook (Cook, Burton, Kiesel, Rose, & Bryant, 2012)), mais c’est un mouvement si important en termes d’intégrité des membres inférieurs, de mobilité des articulations et de réduction des forces qui me donne beaucoup d’informations dans mon intervention ! Donc, je ne crois pas qu’une approche soit meilleure ou plus mauvaise (!?) que l’autre ; simplement question de philosophie/perception/manière de travailler.

 

  • Des exercices qui pour moi seraient indispensables pour passer à l’étape suivante : C’est une bonne question et je suis un peu embêté. Je crois que c’est une combinaison de facteurs. Est-ce que l’athlète peut réaliser un mouvement dit fondamental avec amplitude, vitesse & contrôle ? Est-ce que l’athlète peut répéter ce mouvement avec la même amplitude, vitesse et contrôle dans un état de fatigue, avec un volume grandissant sans que la qualité de mouvement se détériore ? Ensuite, est-ce que je peux intégrer ces mouvements dans une situation de compétition avec un environnement chaotique et observer chez l’athlète une performance sportive adéquate selon l’œil de l’entraineur sportif, mais aussi sur le plan préparation physique. Un exemple pourrait être un skieur qui est en mesure de réaliser un parcours technique avec un bon temps sans douleur/faiblesse/compensation après un retour en compétition. Si je peux te donner un exemple concret d’un exercice ou ensemble d’exercices jugés comme indispensable pour passer à l’étape suivante, il s’agit du Leg Circuit de Vern Gambetta (2007). Ce circuit consiste en 20 répétitions au squat poids de corps, 20 fentes avant en alternance, 20 step-ups dynamiques et 10 squat jumps avec mains sur les hanches. En retour à la compétition, soit après la réhabilitation et le retour à l’entrainement suite à une blessure au genou par exemple, Vern Gambetta valide son intervention lorsque l’athlète est en mesure de réaliser 5x le circuit sans temps de repos inter-exercices et inter-séries afin de tester les qualités de force-puissance. Pour lui, training = testing & testing = training.

 

  • Est-ce que le développement du haut du corps est aussi important que le bas dans ces âges : Je suis d’avis que le développement de la musculature des membres inférieurs et des muscles du tronc est plus important que celle du haut du corps. Cela dépend bien sûr des sports, mais dans l’ensemble, beaucoup de sports sollicitent les jambes que cela soit à la course, en descente en ski, réception de saut, hockey sur glace, etc. Si le sport requiert de pousser un adversaire comme en football US ou rugby, alors oui le développement du haut du corps est important, mais je mettrais principalement mes énergies sur les membres inférieurs en termes de prévention des blessures aux chevilles, aux genoux, à la hanche, au dos et aussi en termes de performance. Également, si je suis limité dans l’équipement à ma disposition, je crois qu’il est plus facile d’orienter le contenu d’une séance pour solliciter les membres inférieurs et le tronc.

 

  • Le GAINAGE comme étant indispensable et de le greffer autour apprendre à courir, réagir, se déplacer, se renforcer : J’observe chez les jeunes un manque de force et d’endurance au niveau du gainage. Pas seulement au niveau statique, mais également dynamique. Par exemple, lors de l’exécution d’une fente avant, je vois beaucoup de jeunes éprouvant de la difficulté à stabiliser le tronc. Compte tenu du temps limité en préparation physique, je ne peux pas uniquement le restreindre à ne faire que du gainage ! Je pense que l’athlète recherche plus qu’une séance dédiée entièrement à faire du gainage, mais qu’il est possible de proposer un vaste répertoire d’exercices allant de statique à dynamique, simple à complexe et avec différents outils qui nous permettent de remplir plusieurs mandats à la fois. Finalement, si un jeune doit améliorer un exercice fondamental (ou que je juge comme fondamental), je vais passer du temps ou du moins trouver plusieurs opportunités à l’intérieur d’une séance ou d’une ensemble de séances pour adresser cet exercice. Par exemple, le hip hinge peut être intégré à l’échauffement avec un bâton pour +10 à 15 répétitions pour ensuite être renforcé avec une barre ou un kettlebell ou même avec des ballons médicinaux lors de mouvements de lancers. Il suffit alors de coacher le mouvement, mais cela me permet de cibler des qualités complémentaires et essentielles à la pratique sportive.

 

Références :

Cook, G., Burton, L., Kiesel, K., Rose, G., & Bryant, M. F. (2012). Movement – Functional Movement Systems: Screening, Assessment and Corrective Strategies. On Target Publications.

Gambetta, V. (2007). Athletic Development: The Art & Science of Functional Sports Conditioning. Champaign, Il: Human Kinetics.

Giles, K. B. (2012). An introduction to athlete development. Movement Dynamics UK Ltd.

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