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Développer sa philosophie d’entraineur

En tant qu’entraineur, comment êtes-vous en mesure de déterminer pourquoi vous faites ce que vous faites? En anglais, cette question se traduit par l’expression: « Why you do what you do? ». Avant même de définir ses intentions et ses actions pédagogiques, il est recommandé que l’entraineur sportif définisse sa philosophie d’entraineur. Or, l’élaboration de cette philosophie d’entraineur est souvent subconscient, très peu articulé lorsque l’on commence dans cette profession. Il est même avancé que l’élaboration de cette philosophie d’entraineur peut prendre de nombreuses années. Examinons ensemble ce qu’est exactement une philosophie d’entraineur et comment il est possible de l’articuler afin qu’elle puisse guider nos choix et nos interventions sur le terrain.

 

Il existe plusieurs définitions de la philosophie d’entraineur dans la littérature sur le coaching sportif. Habituellement, une philosophie d’entraineur regroupe 4 principaux éléments : (a) des croyances (« beliefs »), (b) des valeurs (« values »), (c) des principes et (d) des comportements (« behaviours »). Jenkins (2010)propose un excellent point de départ lorsqu’il mentionne que la philosophie d’entraineur constitue un ensemble de croyances et de principes qui guident le comportement d’un entraineur tout en lui permettant de demeurer fidèle à ses valeurs face à décisions qu’il doit prendre.

 

La philosophie d’entraineur est également influencée par diverses idéologies, les connaissances ou l’éducation de l’entraineur et par ses expériences antérieures. À la base, Morency & Bordeleau (2012)identifient 3 composantes à la base de la philosophie d’entraineur : (a) le plaisir, (b) la victoire et (c) l’enseignement. Il est donc primordial de savoir quelle est la composante dominante dans le contexte dans lequel vous œuvrez et de rester à l’affût des conflits potentiels entre votre philosophie et ce qui est attendu de vous.

 

À titre d’exercice, Kidman & Hanrahan (2011)proposent de répondre aux questions suivantes :

(a) Quelle valeur accordez-vous au sport?

(b) Quelle valeur vos athlètes accordent-ils au sport?

(c) Pourquoi participent-ils?

(d) Comment puis-je faire en sorte que ces athlètes atteignent leurs objectifs?

(e) Quelles sont les qualités de ceux qui ont influencé mon coaching?

(f) Quel type d’entraineur est-ce que je désire être?

 

Périodiquement, il est également recommandé de prendre un pas de recul et de réfléchir sur son coaching, sur ses actions et ses choix et de les confronter à votre philosophie d’entraineur. Il est possible aussi que cela soit un incident critique (interprétation d’un événement après un moment de réflexion) qui déclenche cette période de réflexion. Cette réflexion peut ainsi servir à réaligner sa pratique avec ses valeurs, ses principes et les comportements que vous souhaitez voir chez vos athlètes.

En réalité, la philosophie de l’entraineur ne constitue pas un ensemble de règles strictes que l’on doit suivre coûte que coûte. La philosophie d’entraineur doit être flexible puisque le coaching est considéré comme un effort pédagogique désordonné, c’est-à-dire qu’il doit répondre à un contexte complexe, dynamique, chaotique et fortement influencé par la dynamique sociale entre les individus (entraineur, athlètes, membres de l’équipe de soutien intégré, parents, gestionnaires, etc.). Ainsi, la philosophie d’entraineur aura tendance à se développer, à se préciser à travers le temps en interaction avec les nouvelles connaissances de l’entraineur, ses expériences et le contexte dans lequel il se trouve.

 

Finalement, au même titre que le développement holistique de l’athlète est un processus, l’élaboration d’une philosophie d’entraineur fait partie du processus du coaching. Bien qu’elle en constitue le fondement, son articulation sera un travail à long terme vers le chemin de l’expertise en coaching.

 

Références

 

Pour en apprendre davantage sur le sujet de la philosophie de l’entraineur, vous pouvez consulter les ouvrages ci-dessous :

 

Cassidy, T., Jones, R., & Potrac, P. (2009). Understanding Sports Coaching : The social, cultural and pedagogical foundations of coaching practice(2nd éd.). New York: Routledge.

Gilbert, W. (2017). Coaching Better Every Season : A Year-Round System for Athlete Development and Program Success. Windsor, Ontario: Human Kinetics.

Jenkins, S. (2010). Coaching Philosophy. Dans J. Lyle & C. Cushion (Éd.), Sports Coaching : Professionalisation and Practice. Edinburgh: Churchill Livingstone Elsevier.

Kidman, L. (2005).Athlete-centred coaching : Developing inspired and inspiring people. (T. Tremewan, Éd.). Christchurch, New Zealand: Innovative Print Communications Ltd.

Kidman, L., & Hanrahan, S. J. (2011). The Coaching Process : A practical guide to becoming an effective sports coach(Third). New York, NY: Routledge.

Lyle, J. (2002). Sports coaching concepts : A framework for coaches’ behaviour. London: Routledge. http://doi.org/0-415-26158-9

Morency, L., & Bordeleau, C. (2012). Le manuel de l’entraineur sportif. Montréal: Québec Amérique.

Wallis, J., & Lambert, J. (Éd.). (2016). Becoming a Sports Coach. New York, NY: Routledge.

Le répertoire d’exercices du préparateur physique

Le travail d’un kinésiologue ou préparateur physique exige beaucoup plus que de mettre en commun de simples exercices afin de créer une séance d’entrainement. Un processus de réflexion et une justification du choix des différents exercices qui composent la séance sont indispensables, que cela soit pour un athlète individuel ou une équipe. Lorsque l’on examine le processus d’entrainement tel que décrit par Dupont & Bosquet (2009), bien avant de choisir les exercices, il faut au minimum connaitre les exigences globales associées au sport. Pour quelqu’un qui possède peu de connaissances sur un sport donné, une recherche de la littérature est nécessaire, autant au niveau physiologique que biomécanique. Ensuite, il est important de pouvoir discuter avec les entraineurs sportifs, les athlètes ou d’autres intervenants afin d’en apprendre davantage sur la culture du sport. Par exemple, on ne peut pas entrainer des joueurs de football comme l’on entraine des joueurs de soccer, comme on n’entraine pas des athlètes féminins comme des athlètes masculins, tout simplement à cause des personnalités qui sont différentes ou de la dynamique de ces groupes par exemple.

Boucle itérative

1. Analyse de la tâche/Modèle de compétition

2. Évaluation de l’athlète

3. Comparaison de l’évaluation avec le modèle de compétition

4.Objectifs d’entrainement

5.Paramètres d’entrainement (méthodes, exercices)

6. Périodisation de l’entrainement

 7. Comparaison entre les résultats obtenus à l’entraînement et en compétition avec le modèle de compétition

Une fois l’analyse de la tâche complétée, il convient alors de réaliser quelques tests afin d’identifier le point de départ de l’athlète. Ces tests peuvent être réalisés à intervalles réguliers ou faire partie intégrale de l’entrainement sur une base hebdomadaire ou même au quotidien. Après avoir fixé les différents objectifs d’entrainement, que cela soit avec l’athlète et/ou en collaboration avec l’entraineur, le thérapeute ou autre intervenant, il est possible de mettre en place son répertoire d’exercices.

Ce répertoire d’exercices comptera plusieurs catégories d’exercices, de l’échauffement aux exercices réalisés en salle de musculation en passant par les exercices de sprint, de sauts ou de changements de direction par exemple. Ce répertoire sera influencé par les exigences du sport, le niveau des athlètes que l’on entraine et aussi par sa propre philosophie d’entrainement. Ainsi, pour une kinésiologue travaillant avec plusieurs sports, il est possible de posséder plusieurs répertoires d’exercices. Ce répertoire devrait aussi comprendre plusieurs progressions et régressions d’exercices afin de combler les besoins des athlètes de différentes disciplines parce qu’il y a fort à parier que ceux-ci présenteront différents besoins, différents bagages d’entrainement et aussi différents niveaux de compétence. Si l’on propose une approche centrée sur l’athlète, il est possible d’utiliser ce répertoire d’exercices afin que les athlètes puissent choisir eux-mêmes certains des exercices à réaliser à l’entrainement. Attention, cela ne veut pas dire qu’ils doivent choisir que les exercices qu’ils désirent, mais que ceux-ci sont impliqués dans le processus de sélection des exercices. Il est de la responsabilité du kinésiologue/préparateur physique d’être en accord avec le choix d’exercice de l’athlète ou de lui proposer des alternatives selon ses besoins.

Avec le temps, ce répertoire d’exercices pourra inclure de nouveaux exercices, de nouvelles méthodes d’entrainement, des conseils sur la récupération, etc. Il se peut aussi que ce répertoire soit simplifié, pour mettre l’accent sur les exercices essentiels pour supporter la performance dans un sport.

Toutefois, il s’agit bien plus que d’y mettre tous les exercices que l’on connaisse ou que l’on voie sur les médias sociaux. Il s’agit plutôt, selon moi, de peaufiner son approche afin de mieux encadrer un athlète pour que la préparation physique, réalisée souvent en parallèle au développement technique ou tactique, puisse permettre un meilleur transfert à la pratique sportive.

Référence

Dupont, G., & Bosquet, L. (2009). Méthodologie de l’entraînement. (P. Laure & G. Millet, Éd.). Paris, France: Ellipses

Fin d’un chapitre, la poursuite d’un autre

Une année comme responsable de la préparation physique en football universitaire canadien

Au cours de l’année 2017, j’ai eu le privilège d’occuper le poste de responsable de la préparation physique avec l’équipe de football du Vert & Or de l’Université Sherbrooke. L’équipe vivait à ce moment une période de transition et d’adaptation suite à la nomination d’un nouvel entraineur-chef. Il s’agissait donc d’une belle opportunité de vraiment mettre en place mon approche en préparation physique. Sur le plan professionnel, je m’étais donné la mission suivante : assurer le développement et la préparation des étudiants-athlètes de l’équipe de football à répondre aux exigences physiques du sport selon une approche centrée sur l’athlète favorisant l’individualité de chacun, la compétence, la responsabilisation et l’éducation. En résumé, il s’agissait de fournir différents outils aux joueurs afin que ceux-ci puissent prendre en main leur propre développement selon leurs besoins, tout cela à l’intérieur d’une structure mise en place en fonction de notre contexte universitaire.

Contrairement à ce que plusieurs pourraient penser, nous n’avions qu’un seul programme d’entrainement pour toute l’équipe. Il était important pour moi de passer beaucoup de temps à ‘coacher’ les joueurs plutôt que de passer la plupart de mon temps sur mon ordinateur à rédiger des programmes spécifiques à chaque position. Toutefois, ce programme était flexible. Par exemple, au lieu de demander la réalisation d’un épaulé de suspension comme premier exercice de nos séances de musculation du lundi, il était inscrit variation de l’épaulé. Ainsi, je précisais le type de mouvement que je souhaitais que les joueurs exécutent tout en me donnant la liberté de choisir avec eux l’exercice le mieux adapté à leur situation. Pour certains, il s’agissait d’une tirade haute avec haltères courts alors que pour certains joueurs plus avancés sur le plan technique, ceux-ci étaient en mesure de réaliser un épaulé complet à partir du sol. Le choix de l’exercice était donc fait en fonction de l’individu et aussi en fonction de la thématique de notre séance d’accélérations linéaires du lendemain. Justement, au cours de ces séances de course, il était plus difficile d’individualiser les exercices dans ce contexte de groupe. Toutefois, les distances étaient ajustées en fonction de la position (courtes distances de 5-10 mètres pour les joueurs de ligne et distances plus grandes pour les receveurs et demis défensifs). Lorsque je prends le temps de refléter sur l’approche utilisée, je n’ai aucun doute que celle-ci était tout à fait adaptée à la réalité d’un étudiant-athlète universitaire. Évidemment, il faut être en mesure d’adapter son approche selon les besoins et les différentes situations auxquelles nous pouvons faire face, mais en fin de compte, les joueurs étaient en mesure de conjuguer la réalité d’étudiants universitaires avec celle d’athlètes amateurs au plus haut niveau de compétition et pour plusieurs, avec un emploi à temps partiel et des engagements familiaux.

Parallèlement à mon travail à temps plein comme préparateur physique, je devais également poursuivre mon parcours comme étudiant à temps plein au doctorat. Au cours de l’année 2017, j’ai donc recueilli les données nécessaires à la rédaction de ma thèse en plus de poursuivre un projet de recherche avec l’utilisation de microtechnologies GPS qui a été entamé avant la saison 2016. Avec les exigences associées au doctorat (lectures, rédaction d’articles à paraître dans des journaux scientifiques, rédaction de la thèse), à une charge de cours et à un travail à temps plein, j’ai récemment dû prendre un moment de réflexion afin d’établir mes priorités. Il devenait évident que je ne pouvais plus conjuguer ces trois rôles selon mes propres standards et qu’un choix se devait d’être fait.

C’est donc dans ces circonstances que j’ai décidé de prendre le temps nécessaire pour compléter la rédaction de ma thèse. Il est certain que le moment d’annoncer une telle décision n’est jamais idéal, mais je suis heureux de constater que l’approche que j’ai mise en place, une approche centrée sur l’athlète (Athlete-Centred coaching) inspirée des travaux de Lynn Kidman et de nombreuses discussions avec mon bon ami Nick Hill, pourra être continuée alors que c’est un jeune entraîneur et mon assistant l’an dernier qui prendra le relais. Le plus difficile dans cette décision demeure évidemment de devoir arrêter de travailler pour l’intérêt des jeunes étudiants-athlètes. Lorsque l’on utilise une telle approche, on développe une relation avec ces jeunes individus, leurs intérêts étant placés au centre de nos préoccupations.  Comme le mentionne Wayne Smith, célèbre entraineur-adjoint avec les All Blacks de la Nouvelle-Zélande : « The trophies and the medals, they tarnish over time, it’s the people that count ». Je demeure persuadé que j’aurais l’opportunité de travailler à nouveau avec une équipe sportive, peu importe le sport ou le niveau de compétition. Le sentiment de pouvoir avoir un impact sur le développement personnel et sportif de jeunes étudiants(es)-athlètes demeure une grande source de motivation. En ce moment, au niveau de la préparation physique, je me concentre à encadrer que quelques athlètes, mais garder un pied sur le terrain est très important pour moi. Cela me permet notamment de centrer mon attention sur leurs besoins et de pouvoir parfaire mon approche, autant comme préparateur physique que comme entraineur.

La formation des jeunes en préparation physique : Interrogations et propositions

Cela fait déjà plus de trois ans que j’ai eu l’opportunité de présenter à la seconde conférence de l’U3P à Paris, conférence organisée par Arnaud Ferec avec des intervenants comme Martin Buchheit (Paris Saint-Germain), Aurélien Broussal (ancien préparateur physique avec les équipes nationales de judo de la Russie et de la Grande-Bretagne, notamment) et Steve Hess (auparavant avec les Nuggets de Denver), pour ne nommer que ceux-là. J’ai aussi eu l’occasion de rencontrer Fabrice Serrano, fondateur de Step Up-Sports (http://stepup-sports.com/fr) et préparateur physique spécialisé en basketball. Quelques temps après l’événement, Fabrice a envoyé un courriel à quelques intervenants afin de questionner et discuter sur le sujet suivant : la formation des jeunes en préparation physique. Or, je ne sais pas si Fabrice a partagé cette information sur son site web ou autre, mais j’aimerais être en mesure de partager avec vous mes réponses et mes observations sur cette thématique avec comme objectif de proposer des pistes de solutions ou de réflexions.

Avec les jeunes, mon objectif principal en tant que préparateur physique est de leur permettre d’acquérir une fondation assez vaste en termes de mouvements; une fondation axée sur la qualité de mouvement avant la quantité. Toutefois, étant donné que ces jeunes ont quand même des critères à rencontrer dans la pratique de leur sport, je ne peux pas me permettre d’isoler un seul objectif au détriment des autres. L’approche en préparation physique doit donc tenir compte de l’aspect sportif (technique, tactique, etc.) et une discussion avec l’entraineur sportif doit avoir lieu. C’est toutefois mon travail que de savoir orienter le contenu et d’enseigner aux jeunes pour que ceux-ci puissent améliorer leurs mouvements afin de réduire les risques de blessures, à ne pas permettre de compensation à long terme et au final, optimiser la performance et la santé.

 

Mes réponses aux questions de Fabrice sont présentées ci-dessous selon les différentes thématiques que nous devions aborder.

 

  • Prise en compte de l’individu : Je suis tout d’accord sur le fait que la prise en compte de chaque individu est nécessaire et cela, étant donné de chaque historique d’entrainement, signature de mouvement, besoins, objectifs, rythme de maturation et de croissance sont différents d’une personne à une autre. On sait également que chaque individu ne répond pas à une même prescription d’entrainement. Dans un contexte d’équipe comme en basket, cela pose évidemment un problème de logistique. Comment puis-je orienter le plus possible mon contenu d’entrainement pour le groupe en tenant compte de l’individualité de chacun ? Le même constat s’applique évidemment pour l’entraineur sportif. Peut-on identifier des besoins communs à plusieurs joueurs et ainsi proposer un contenu plus orienté à leurs besoins dans un cadre d’équipe ? Un beau casse-tête en effet.

 

  • Existent-ils des étapes ou pas indispensables dans la formation du sportif : Selon moi, il existe effectivement des étapes dans la formation du sportif. Je dirais ici que ma réflexion est très influencée par les travaux de Kelvin Giles. Cette citation en est le meilleur exemple : « Give them the Physical Competence to do the technical stuff and then the technical competence to do the tactical stuff – in that order ». Donc, mon approche avec les jeunes athlètes que j’encadre est a priori orientée sur l’efficacité du mouvement. Dès que tu maitrises les mouvements fondamentaux que sont le squat, la fente, le hip hinge (dissociation du mouvement de la hanche et de la colonne lombaire en soulevé de terre roumain), la poussée, la tirade, la rotation et le gainage, tu peux progresser au travers du registre proposé par Kelvin Giles (2012). Bien qu’un athlète puisse ne pas démontrer la compétence dans certains mouvements fondamentaux, je ne m’empêche pas d’entrainer par exemple la course et le gainage de manière mixte ou utilisant une approche multivariée. Si le sport pratiqué requiert des qualités de gainage et de course, je ne pense pas être en mesure de me priver d’entrainer ces mouvements/qualités bien longtemps. J’utilise donc de multiples progressions et régressions d’exercices afin d’en faciliter l’intégration.

Progressions des exercices selon Kelvin Giles (2012)

 

  • Existent-ils également des étapes ou pas indispensables dans la formation du sportif pour le renforcement musculaire : À cet égard, la question de contrôle et de qualité du mouvement est très importante pour moi. Je demande avec les jeunes une belle exécution du mouvement avant de penser à le répéter à plus grand volume. Plus spécifiquement, il est possible de manipuler l’amplitude de mouvement et la vitesse de mouvement si le mouvement est nécessaire dans la pratique sportive. Prenons le squat par exemple, disons qu’un athlète manque de mobilité à la cheville pour réaliser le mouvement complet, pourquoi éliminer cet exercice alors qu’un mouvement de demi-squat est possible et que l’athlète en question est en mesure de le faire sans problème ? Certains pourraient dire que je ne fais qu’ajouter une « fonction au-dessus d’une dysfonction » – Gray Cook (Cook, Burton, Kiesel, Rose, & Bryant, 2012)), mais c’est un mouvement si important en termes d’intégrité des membres inférieurs, de mobilité des articulations et de réduction des forces qui me donne beaucoup d’informations dans mon intervention ! Donc, je ne crois pas qu’une approche soit meilleure ou plus mauvaise (!?) que l’autre ; simplement question de philosophie/perception/manière de travailler.

 

  • Des exercices qui pour moi seraient indispensables pour passer à l’étape suivante : C’est une bonne question et je suis un peu embêté. Je crois que c’est une combinaison de facteurs. Est-ce que l’athlète peut réaliser un mouvement dit fondamental avec amplitude, vitesse & contrôle ? Est-ce que l’athlète peut répéter ce mouvement avec la même amplitude, vitesse et contrôle dans un état de fatigue, avec un volume grandissant sans que la qualité de mouvement se détériore ? Ensuite, est-ce que je peux intégrer ces mouvements dans une situation de compétition avec un environnement chaotique et observer chez l’athlète une performance sportive adéquate selon l’œil de l’entraineur sportif, mais aussi sur le plan préparation physique. Un exemple pourrait être un skieur qui est en mesure de réaliser un parcours technique avec un bon temps sans douleur/faiblesse/compensation après un retour en compétition. Si je peux te donner un exemple concret d’un exercice ou ensemble d’exercices jugés comme indispensable pour passer à l’étape suivante, il s’agit du Leg Circuit de Vern Gambetta (2007). Ce circuit consiste en 20 répétitions au squat poids de corps, 20 fentes avant en alternance, 20 step-ups dynamiques et 10 squat jumps avec mains sur les hanches. En retour à la compétition, soit après la réhabilitation et le retour à l’entrainement suite à une blessure au genou par exemple, Vern Gambetta valide son intervention lorsque l’athlète est en mesure de réaliser 5x le circuit sans temps de repos inter-exercices et inter-séries afin de tester les qualités de force-puissance. Pour lui, training = testing & testing = training.

 

  • Est-ce que le développement du haut du corps est aussi important que le bas dans ces âges : Je suis d’avis que le développement de la musculature des membres inférieurs et des muscles du tronc est plus important que celle du haut du corps. Cela dépend bien sûr des sports, mais dans l’ensemble, beaucoup de sports sollicitent les jambes que cela soit à la course, en descente en ski, réception de saut, hockey sur glace, etc. Si le sport requiert de pousser un adversaire comme en football US ou rugby, alors oui le développement du haut du corps est important, mais je mettrais principalement mes énergies sur les membres inférieurs en termes de prévention des blessures aux chevilles, aux genoux, à la hanche, au dos et aussi en termes de performance. Également, si je suis limité dans l’équipement à ma disposition, je crois qu’il est plus facile d’orienter le contenu d’une séance pour solliciter les membres inférieurs et le tronc.

 

  • Le GAINAGE comme étant indispensable et de le greffer autour apprendre à courir, réagir, se déplacer, se renforcer : J’observe chez les jeunes un manque de force et d’endurance au niveau du gainage. Pas seulement au niveau statique, mais également dynamique. Par exemple, lors de l’exécution d’une fente avant, je vois beaucoup de jeunes éprouvant de la difficulté à stabiliser le tronc. Compte tenu du temps limité en préparation physique, je ne peux pas uniquement le restreindre à ne faire que du gainage ! Je pense que l’athlète recherche plus qu’une séance dédiée entièrement à faire du gainage, mais qu’il est possible de proposer un vaste répertoire d’exercices allant de statique à dynamique, simple à complexe et avec différents outils qui nous permettent de remplir plusieurs mandats à la fois. Finalement, si un jeune doit améliorer un exercice fondamental (ou que je juge comme fondamental), je vais passer du temps ou du moins trouver plusieurs opportunités à l’intérieur d’une séance ou d’une ensemble de séances pour adresser cet exercice. Par exemple, le hip hinge peut être intégré à l’échauffement avec un bâton pour +10 à 15 répétitions pour ensuite être renforcé avec une barre ou un kettlebell ou même avec des ballons médicinaux lors de mouvements de lancers. Il suffit alors de coacher le mouvement, mais cela me permet de cibler des qualités complémentaires et essentielles à la pratique sportive.

 

Références :

Cook, G., Burton, L., Kiesel, K., Rose, G., & Bryant, M. F. (2012). Movement – Functional Movement Systems: Screening, Assessment and Corrective Strategies. On Target Publications.

Gambetta, V. (2007). Athletic Development: The Art & Science of Functional Sports Conditioning. Champaign, Il: Human Kinetics.

Giles, K. B. (2012). An introduction to athlete development. Movement Dynamics UK Ltd.

Entrainement vs Performance

Il existe une nuance importante entre entrainement et performance. À cet égard, j’aborde l’entrainement du point de vue physique/moteur, du point de vue d’un préparateur physique.

 

Selon Murielle Garcin, l’entrainement consiste en « un ensemble de processus provoquant, au niveau de l’organisme, des adaptations à une charge de travail qui permettent au sportif d’augmenter ses résultats et l’amènent à son niveau optimal de performance pour les périodes de compétitions »  (Garcin, 2002 ; p.267).

 

La performance, quant à elle, semble beaucoup plus vaste, englobant plusieurs disciplines et acteurs qui s’entremêlent et collaborent dans l’atteinte d’un but précis. On parlera évidemment de performance sur le plan physique, mais également sur les plans cognitifs, techniques, tactiques, sur l’apprentissage, etc. Par exemple, Jacques Saury définit la capacité de performance comme un « indicateur de compétence, d’adaptation individuelle ou collective à des tâches et contraintes diverses dont l’apprentissage qui en résulte, selon une temporalité plus ou moins longue, permet à l’apprenant de répondre, de façon efficiente, aux exigences d’une situation particulière (Saury, 2014).

 

Il est évident qu’il existe un équilibre entre les différentes composantes de la performance selon les exigences du sport, la culture du sport, les préférences des acteurs qui sont au cœur de ce processus. Toutefois, trop souvent peut-être, il me semble que nous avons tendance à privilégier l’entrainement ou que le physique, au détriment de la performance…

Références :

Garcin, M. (2002). Utilisation des échelles de perception dans le contrôle de la charge d’entrainement. Dans D. Lehénaff & P. Fleurance (Éd.), La charge de travail en sport de haut niveau : Actes des Entretiens de l’INSEP des 9-10-11 octobre 2001 (p. 267‑274). INSEP – Publications.

Saury, J. (2014). Quelques réflexions à propos de la notion de performance en EPS : Une contribution au débat …. ContrePied, 1‑4.