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Le répertoire d’exercices du préparateur physique

Le travail d’un kinésiologue ou préparateur physique exige beaucoup plus que de mettre en commun de simples exercices afin de créer une séance d’entrainement. Un processus de réflexion et une justification du choix des différents exercices qui composent la séance sont indispensables, que cela soit pour un athlète individuel ou une équipe. Lorsque l’on examine le processus d’entrainement tel que décrit par Dupont & Bosquet (2009), bien avant de choisir les exercices, il faut au minimum connaitre les exigences globales associées au sport. Pour quelqu’un qui possède peu de connaissances sur un sport donné, une recherche de la littérature est nécessaire, autant au niveau physiologique que biomécanique. Ensuite, il est important de pouvoir discuter avec les entraineurs sportifs, les athlètes ou d’autres intervenants afin d’en apprendre davantage sur la culture du sport. Par exemple, on ne peut pas entrainer des joueurs de football comme l’on entraine des joueurs de soccer, comme on n’entraine pas des athlètes féminins comme des athlètes masculins, tout simplement à cause des personnalités qui sont différentes ou de la dynamique de ces groupes par exemple.

Boucle itérative

1. Analyse de la tâche/Modèle de compétition

2. Évaluation de l’athlète

3. Comparaison de l’évaluation avec le modèle de compétition

4.Objectifs d’entrainement

5.Paramètres d’entrainement (méthodes, exercices)

6. Périodisation de l’entrainement

 7. Comparaison entre les résultats obtenus à l’entraînement et en compétition avec le modèle de compétition

Une fois l’analyse de la tâche complétée, il convient alors de réaliser quelques tests afin d’identifier le point de départ de l’athlète. Ces tests peuvent être réalisés à intervalles réguliers ou faire partie intégrale de l’entrainement sur une base hebdomadaire ou même au quotidien. Après avoir fixé les différents objectifs d’entrainement, que cela soit avec l’athlète et/ou en collaboration avec l’entraineur, le thérapeute ou autre intervenant, il est possible de mettre en place son répertoire d’exercices.

Ce répertoire d’exercices comptera plusieurs catégories d’exercices, de l’échauffement aux exercices réalisés en salle de musculation en passant par les exercices de sprint, de sauts ou de changements de direction par exemple. Ce répertoire sera influencé par les exigences du sport, le niveau des athlètes que l’on entraine et aussi par sa propre philosophie d’entrainement. Ainsi, pour une kinésiologue travaillant avec plusieurs sports, il est possible de posséder plusieurs répertoires d’exercices. Ce répertoire devrait aussi comprendre plusieurs progressions et régressions d’exercices afin de combler les besoins des athlètes de différentes disciplines parce qu’il y a fort à parier que ceux-ci présenteront différents besoins, différents bagages d’entrainement et aussi différents niveaux de compétence. Si l’on propose une approche centrée sur l’athlète, il est possible d’utiliser ce répertoire d’exercices afin que les athlètes puissent choisir eux-mêmes certains des exercices à réaliser à l’entrainement. Attention, cela ne veut pas dire qu’ils doivent choisir que les exercices qu’ils désirent, mais que ceux-ci sont impliqués dans le processus de sélection des exercices. Il est de la responsabilité du kinésiologue/préparateur physique d’être en accord avec le choix d’exercice de l’athlète ou de lui proposer des alternatives selon ses besoins.

Avec le temps, ce répertoire d’exercices pourra inclure de nouveaux exercices, de nouvelles méthodes d’entrainement, des conseils sur la récupération, etc. Il se peut aussi que ce répertoire soit simplifié, pour mettre l’accent sur les exercices essentiels pour supporter la performance dans un sport.

Toutefois, il s’agit bien plus que d’y mettre tous les exercices que l’on connaisse ou que l’on voie sur les médias sociaux. Il s’agit plutôt, selon moi, de peaufiner son approche afin de mieux encadrer un athlète pour que la préparation physique, réalisée souvent en parallèle au développement technique ou tactique, puisse permettre un meilleur transfert à la pratique sportive.

Référence

Dupont, G., & Bosquet, L. (2009). Méthodologie de l’entraînement. (P. Laure & G. Millet, Éd.). Paris, France: Ellipses

Fin d’un chapitre, la poursuite d’un autre

Une année comme responsable de la préparation physique en football universitaire canadien

Au cours de l’année 2017, j’ai eu le privilège d’occuper le poste de responsable de la préparation physique avec l’équipe de football du Vert & Or de l’Université Sherbrooke. L’équipe vivait à ce moment une période de transition et d’adaptation suite à la nomination d’un nouvel entraineur-chef. Il s’agissait donc d’une belle opportunité de vraiment mettre en place mon approche en préparation physique. Sur le plan professionnel, je m’étais donné la mission suivante : assurer le développement et la préparation des étudiants-athlètes de l’équipe de football à répondre aux exigences physiques du sport selon une approche centrée sur l’athlète favorisant l’individualité de chacun, la compétence, la responsabilisation et l’éducation. En résumé, il s’agissait de fournir différents outils aux joueurs afin que ceux-ci puissent prendre en main leur propre développement selon leurs besoins, tout cela à l’intérieur d’une structure mise en place en fonction de notre contexte universitaire.

Contrairement à ce que plusieurs pourraient penser, nous n’avions qu’un seul programme d’entrainement pour toute l’équipe. Il était important pour moi de passer beaucoup de temps à ‘coacher’ les joueurs plutôt que de passer la plupart de mon temps sur mon ordinateur à rédiger des programmes spécifiques à chaque position. Toutefois, ce programme était flexible. Par exemple, au lieu de demander la réalisation d’un épaulé de suspension comme premier exercice de nos séances de musculation du lundi, il était inscrit variation de l’épaulé. Ainsi, je précisais le type de mouvement que je souhaitais que les joueurs exécutent tout en me donnant la liberté de choisir avec eux l’exercice le mieux adapté à leur situation. Pour certains, il s’agissait d’une tirade haute avec haltères courts alors que pour certains joueurs plus avancés sur le plan technique, ceux-ci étaient en mesure de réaliser un épaulé complet à partir du sol. Le choix de l’exercice était donc fait en fonction de l’individu et aussi en fonction de la thématique de notre séance d’accélérations linéaires du lendemain. Justement, au cours de ces séances de course, il était plus difficile d’individualiser les exercices dans ce contexte de groupe. Toutefois, les distances étaient ajustées en fonction de la position (courtes distances de 5-10 mètres pour les joueurs de ligne et distances plus grandes pour les receveurs et demis défensifs). Lorsque je prends le temps de refléter sur l’approche utilisée, je n’ai aucun doute que celle-ci était tout à fait adaptée à la réalité d’un étudiant-athlète universitaire. Évidemment, il faut être en mesure d’adapter son approche selon les besoins et les différentes situations auxquelles nous pouvons faire face, mais en fin de compte, les joueurs étaient en mesure de conjuguer la réalité d’étudiants universitaires avec celle d’athlètes amateurs au plus haut niveau de compétition et pour plusieurs, avec un emploi à temps partiel et des engagements familiaux.

Parallèlement à mon travail à temps plein comme préparateur physique, je devais également poursuivre mon parcours comme étudiant à temps plein au doctorat. Au cours de l’année 2017, j’ai donc recueilli les données nécessaires à la rédaction de ma thèse en plus de poursuivre un projet de recherche avec l’utilisation de microtechnologies GPS qui a été entamé avant la saison 2016. Avec les exigences associées au doctorat (lectures, rédaction d’articles à paraître dans des journaux scientifiques, rédaction de la thèse), à une charge de cours et à un travail à temps plein, j’ai récemment dû prendre un moment de réflexion afin d’établir mes priorités. Il devenait évident que je ne pouvais plus conjuguer ces trois rôles selon mes propres standards et qu’un choix se devait d’être fait.

C’est donc dans ces circonstances que j’ai décidé de prendre le temps nécessaire pour compléter la rédaction de ma thèse. Il est certain que le moment d’annoncer une telle décision n’est jamais idéal, mais je suis heureux de constater que l’approche que j’ai mise en place, une approche centrée sur l’athlète (Athlete-Centred coaching) inspirée des travaux de Lynn Kidman et de nombreuses discussions avec mon bon ami Nick Hill, pourra être continuée alors que c’est un jeune entraîneur et mon assistant l’an dernier qui prendra le relais. Le plus difficile dans cette décision demeure évidemment de devoir arrêter de travailler pour l’intérêt des jeunes étudiants-athlètes. Lorsque l’on utilise une telle approche, on développe une relation avec ces jeunes individus, leurs intérêts étant placés au centre de nos préoccupations.  Comme le mentionne Wayne Smith, célèbre entraineur-adjoint avec les All Blacks de la Nouvelle-Zélande : « The trophies and the medals, they tarnish over time, it’s the people that count ». Je demeure persuadé que j’aurais l’opportunité de travailler à nouveau avec une équipe sportive, peu importe le sport ou le niveau de compétition. Le sentiment de pouvoir avoir un impact sur le développement personnel et sportif de jeunes étudiants(es)-athlètes demeure une grande source de motivation. En ce moment, au niveau de la préparation physique, je me concentre à encadrer que quelques athlètes, mais garder un pied sur le terrain est très important pour moi. Cela me permet notamment de centrer mon attention sur leurs besoins et de pouvoir parfaire mon approche, autant comme préparateur physique que comme entraineur.

Entrainement vs Performance

Il existe une nuance importante entre entrainement et performance. À cet égard, j’aborde l’entrainement du point de vue physique/moteur, du point de vue d’un préparateur physique.

 

Selon Murielle Garcin, l’entrainement consiste en « un ensemble de processus provoquant, au niveau de l’organisme, des adaptations à une charge de travail qui permettent au sportif d’augmenter ses résultats et l’amènent à son niveau optimal de performance pour les périodes de compétitions »  (Garcin, 2002 ; p.267).

 

La performance, quant à elle, semble beaucoup plus vaste, englobant plusieurs disciplines et acteurs qui s’entremêlent et collaborent dans l’atteinte d’un but précis. On parlera évidemment de performance sur le plan physique, mais également sur les plans cognitifs, techniques, tactiques, sur l’apprentissage, etc. Par exemple, Jacques Saury définit la capacité de performance comme un « indicateur de compétence, d’adaptation individuelle ou collective à des tâches et contraintes diverses dont l’apprentissage qui en résulte, selon une temporalité plus ou moins longue, permet à l’apprenant de répondre, de façon efficiente, aux exigences d’une situation particulière (Saury, 2014).

 

Il est évident qu’il existe un équilibre entre les différentes composantes de la performance selon les exigences du sport, la culture du sport, les préférences des acteurs qui sont au cœur de ce processus. Toutefois, trop souvent peut-être, il me semble que nous avons tendance à privilégier l’entrainement ou que le physique, au détriment de la performance…

Références :

Garcin, M. (2002). Utilisation des échelles de perception dans le contrôle de la charge d’entrainement. Dans D. Lehénaff & P. Fleurance (Éd.), La charge de travail en sport de haut niveau : Actes des Entretiens de l’INSEP des 9-10-11 octobre 2001 (p. 267‑274). INSEP – Publications.

Saury, J. (2014). Quelques réflexions à propos de la notion de performance en EPS : Une contribution au débat …. ContrePied, 1‑4.

Exemple d’application d’une approche centrée sur l’athlète en football universitaire québécois

Au cours des dernières semaines et même des derniers mois, plusieurs de mes lectures ont été en lien avec l’enseignement, le coaching et la pratique réflexive (en plus des lectures sur différents sujets reliés à la performance sportive !). Suite à la fin de la saison 2017 en football universitaire québécois, il est temps de prendre du recul et d’évaluer l’approche qui a été proposée en préparation physique avec les étudiants-athlètes afin d’améliorer le processus mis en place.

 

L’un des plus imposants défis pour le préparateur physique œuvrant dans le football universitaire a trait au nombre important d’étudiants-athlètes qui composent une équipe. À un certain point au cours du semestre d’hiver 2017, plus d’une centaine de joueurs figuraient sur l’alignement temporaire de celle-ci. Bien que le principe d’individualisation soit cité comme un des principes fondamentaux de l’entrainement, il est impossible de pouvoir mettre en place un programme d’entrainement individualisé pour chacun. Comme je l’ai souligné à plusieurs reprises aux joueurs, avoir une telle approche ferait en sorte que je passerais tout mon temps assis à mon bureau à monter les programmes et aucun temps sur le terrain à « coacher », enseigner ou ajuster le contenu des différentes séances. Il fallait donc mettre en place une démarche permettant à la fois de cibler les besoins de l’équipe en réponse aux exigences du sport, selon les exigences des entraineurs et selon les besoins individuels des joueurs.

 

Historiquement, le préparateur physique est responsable de préparer une planification annuelle d’entrainement qui sera composée de divers phases et cycles d’entrainement afin de développer les qualités physiques essentielles au sport du football. Pendant la période dite hors-saison, la majorité des activités d’entrainement sont réalisées en salle de musculation avec 1-2 séances par semaine sur piste afin de cibler les qualités d’accélération en sprint et les changements de direction. Traditionnellement, il est recommandé de débuter par une phase de préparation générale comprenant des cycles ciblant l’équilibre structurel, l’endurance musculaire et l’hypertrophie avant de réduire le volume et augmenter l’intensité pour cibler les qualités de force. Après plusieurs semaines, l’orientation du programme se dirige vers la conversion de cette force musculaire nouvellement acquise vers la puissance musculaire et, selon les besoins, vers l’endurance de puissance. Des exercices comme le développé couché, les tirades, le squat, le soulevé de terre et différentes variations des exercices d’haltérophilie sont couramment utilisés et progressés au cours de cette période, que cela soit en utilisant le %1RM ou le « velocity-based training ».

 

Toutefois, cette approche demeure somme toute assez rigide et linéaire. De nos jours, cette approche ne cadre plus tout à fait avec les exigences du football universitaire, notamment avec la tenue d’un camp hivernal lors de la semaine de relâche à la fin février ou début mars. De plus, les joueurs proviennent de différents programmes collégiaux avec différentes manières d’aborder la préparation physique, possèdent des historiques de blessures et d’entrainement varié. Des nouveaux joueurs doivent même s’adapter à la réalité universitaire au début du semestre d’hiver alors que d’autres débuteront leur parcours quelques semaines ou même quelques jours avant le début de la saison. Une approche dite prescriptive, c’est-à-dire orientée sur l’instruction où l’entraineur dit à l’athlète quoi faire peut avoir sa place dans certains cas, mais je vous encourage à explorer une approche favorisant l’« empowerment », soit une approche qui est centrée sur l’athlète. Le terme « empowerment » peut être défini comme un processus par lequel les gens prennent le contrôle des décisions qui affectent leur vie (Kidman, 2005; Kidman & Davis, 2007). Il s’agit donc de mettre à profit les connaissances des athlètes que l’on côtoie au quotidien afin qu’ils puissent prendre le contrôle de leur propre processus d’entrainement.

 

Dans notre contexte, il s’agissait de mettre en place la direction que prendra la préparation physique et la structure dans laquelle nous pourrons individualiser le choix des exercices et des méthodes d’entrainement selon les besoins des athlètes. Au préalable, le préparateur physique détermine les exigences du sport (que cela soit en discutant avec les entraineurs, par observation ou grâce à des données fournies par la technologie). Il détermine ensuite les besoins de l’athlète selon ses caractéristiques personnelles et en fonction de son sport. Puis, il détermine les objectifs des différentes séances, soit des objectifs (a) de performance, (b) cognitifs ou même (c) affectifs. Cette étape se fait grâce à une approche interdisciplinaire qui regroupe l’athlète en question, les entraineurs, le préparateur physique et les thérapeutes.

 

Une fois cette orientation et cette structure en place et partagées aux joueurs et aux entraineurs, cette approche centrée sur l’athlète et non plus centrée sur le préparateur physique constitue une forme de stratégie pédagogique qui peut améliorer la confiance et le respect entre l’athlète et l’entraineur (Kidman & Davis, 2007). Pendant une séance, le préparateur physique établit une routine qui permet l’individualisation des contenus. Par exemple, en utilisant le protocole d’échauffement RAMP proposé par Jeffreys (2006, 2017), les athlètes peuvent choisir les différents exercices à réaliser selon leurs besoins et leur préférence tout en respectant le cadre qui leur est offert. Cela est également possible en énonçant clairement les objectifs recherchés pour ladite séance et en offrant différentes progressions/régressions/variations d’exercices à réaliser. Kelvin Giles (2012, 2015) propose notamment plusieurs façons de progresser, de régresser ou de varier un exercice qui, une fois exposées et expliquées aux athlètes, permettent au préparateur physique de prendre un peu de recul et agir comme facilitateur dans le déroulement de la séance.

 

  • Statique à dynamique
  • Lent à rapide
  • Simple à complexe
  • Sans charge externe à avec charge externe
  • Dans toutes les directions
  • Dans tous les plans de mouvements
  • À toutes les vitesses
  • Dans toutes les amplitudes de mouvements
  • D’une extrémité à l’autre du continuum de la force-vitesse

 

De plus, en utilisant le questionnement afin d’impliquer activement l’athlète dans la sélection des exercices, le préparateur peut également faciliter l’apprentissage des athlètes et améliorer leur compréhension de la tâche à maîtriser et des concepts reliés à la performance sportive dans un contexte à la fois collectif et individuel.

 

Ainsi, l’entraineur ou le préparateur physique n’est plus l’unique détenteur de la connaissance. Les athlètes ont ainsi la possibilité de contribuer activement à ce processus d’entrainement qui est le leur. La mise en place d’une telle approche demande du temps et doit être supportée non seulement par les décideurs de l’organisation, mais aussi par les athlètes eux-mêmes. À cet égard, la mise en place d’un comité regroupant quelques joueurs qui pourront vous aider à l’implantation de votre approche est très importante non seulement dans la communication des objectifs de l’approche, mais surtout afin de faire comprendre le « pourquoi » et obtenir le « buy-in » nécessaire.

 

Au final, après une première année, je crois que cette approche demeure à être poursuivie et améliorée.

 

Références :

Giles, K. B. (2012). An introduction to athlete development. Movement Dynamics UK Ltd.

Giles, K. B. (2015). Movement efficiency for the developing athlete. Movement Dynamics UK Ltd.

Jeffreys, I. (2006). Warm up revisited–the ’ramp’method of optimising performance preparation. UKSCA Journal, 6, 15‑19.

Jeffreys, I. (2017). RAMP warm-ups : more than simply short-term preparation. PROFESSIONAL STRENGTH & CONDITIONING / WWW.UKSCA.ORG.UK, (44), 17‑24.

Kidman, L. (2005). Athlete-centred coaching : Developing inspired and inspiring people. (T. Tremewan, Éd.). Christchurch, New Zealand: Innovative Print Communications Ltd.

Kidman, L., & Davis, W. E. (2007). Empowerment in Coaching. Dans W. E. Davis & G. D. Broadhead (Éd.), Ecological Task Analysis and Movement (p. 121‑139). Windsor, Ontario: Human Kinetics.

L’échauffement : Pourquoi et comment ?

L’échauffement est une composante essentielle d’une séance d’entrainement qui est souvent négligée, et cela, pour de nombreuses raisons (temps limité pour s’entrainer, ne pas voir la pertinence de s’échauffer, etc.). Pourtant, dans certaines disciplines qui sont exigeantes sur le plan technique, l’échauffement peut parfois être aussi long sinon plus que la séance en soi! De durées et de formats variés selon les objectifs, ce segment d’une séance d’entrainement mérite que l’on explore quelques-uns de ses caractéristiques.

 

Après une journée au travail ou sur les bancs d’école, l’échauffement représente une transition vers les activités de développement athlétique ou de sport. Il peut s’agir d’une opportunité pour faire le vide face aux événements survenus dans la journée et se concentrer sur le travail qui nous attend au cours de ladite séance.

 

Dans un contexte scolaire par exemple, l’établissement d’une routine d’échauffement ainsi qu’une routine d’accueil et de rassemblement des participants permettent de sauver du temps sur la durée totale d’une séance d’entrainement et d’assurer une fluidité au cours des transitions entre les divers éducatifs proposés. Ce temps pourra alors être mieux investi dans les démonstrations et les répétitions par exemple, avec comme effet l’augmentation du temps disponible à l’apprentissage chez le participant (Morency & Bordeleau, 2012). Dans le contexte d’une équipe sportive dans laquelle des joueurs peuvent présenter des besoins uniques (autant physiques que psychologiques !), établir une routine d’échauffement permet de mettre l’accent sur les besoins particuliers de ces joueurs à l’intérieur d’une structure offrant de la flexibilité à l’entraineur ou à d’autres intervenants.

 

Sur le plan physique, l’échauffement est également une opportunité d’investir dans le développement athlétique et la prévention de blessures des participants. À cet égard, Bill Knowles, spécialiste en reconditionnement de renommée mondiale, compare l’échauffement à investir à la banque sur une base quotidienne. Pour reprendre ses propos, investir 1$ sur une base quotidienne est plus bénéfique sur le long terme que de miser sur quelques séances d’entrainement à 5$ à 1 ou 2 reprises par semaine. Ainsi, l’athlète peut être exposé à une multitude de mouvements, dans différentes amplitudes, à différentes vitesses, dans différentes directions et à différents niveaux de complexité. Il s’agit aussi d’une excellente opportunité de briser la monotonie qui peut se développer à force de réaliser, jour après jour, un entrainement plus « standardisé ». Encore une fois, la possibilité de manipuler le choix des exercices à l’intérieur d’une structure axée sur des principes sera avantageuse.

 

Une telle approche a été proposée par Jeffreys (2006) avec son protocole R.A.M.P. pour Raise, Activate, Mobilise et Potentiate. La première étape de cet échauffement consiste à augmenter la température corporelle via une activité cardiovasculaire. La seconde étape consiste à « activer » certains groupes musculaires. Par exemple, dans ma pratique, je sollicite les muscles stabilisateurs de la cheville, du genou, des rotateurs externes de la hanche, du tronc et de la ceinture scapulaire dans ce segment. Ensuite, différents exercices sont réalisés afin de cibler la mobilité de certaines articulations. Par exemple, les passages de haies ou les fentes dans différents plans de mouvement sont inclus dans ce segment. Finalement, le segment Potentiate regroupe différents exercices de coordination et autres exercices techniques qui seront abordés au cours de la séance. Ainsi, vous retrouverez une progression de générale à spécifique à l’intérieur de l’échauffement qui préparera les athlètes aux différents contenus à venir.

 

En ce qui a trait à la prévention des blessures, en lien avec les propos mentionnés ci-haut, l’échauffement peut être utilisé pour exposer l’athlète à différentes situations qui pourraient se retrouver à l’entrainement ou en compétition, selon les exigences du sport. De plus, il s’agit d’une occasion de préparer certaines structures pour ces exigences. Par exemple, des programmes comme FIFA+ (Soligard et coll., 2008) en soccer proposent dans l’échauffement divers exercices ciblant l’équilibre, la coordination, la force et la puissance avec comme résultats une réduction des blessures au niveau des membres inférieurs. Tout récemment, Attwood, Roberts, Trewartha, England, & Stokes (2017) ont démontré une réduction des blessures au niveau des membres inférieurs et des commotions cérébrales chez des athlètes en rugby suite à l’implantation d’un échauffement comprenant des jeux réduits, des exercices de proprioception et d’équilibre, des exercices incluant des différents types de contractions musculaires (concentrique, isométrique et excentrique), des exercices pliométriques et des changements de direction. Au total, 7 programmes d’échauffement progressifs en termes de complexité, chacun d’une durée de 6 semaines, ont été réalisés par 41 clubs avec comme résultat une réduction des blessures chez les clubs qui suivaient le programme sur une base régulière au cours d’une semaine d’entrainement.

 

En conclusion, l’intégration d’un échauffement adéquat et efficace permet non seulement de préparer les athlètes à la séance, mais il s’agit également d’une opportunité pour poursuivre le développement de cette robustesse (« robustness » en anglais, dans le sens d’un athlète qui est en mesure de s’adapter à l’environnement ouvert et des exigences dynamiques de son sport) tout en prévenant les blessures sur le long terme.

 

Références:

Attwood, M. J., Roberts, S. P., Trewartha, G., England, M. E., & Stokes, K. A. (2017). Efficacy of a movement control injury prevention programme in adult men ’ s community rugby union : a cluster randomised controlled trial. Br J Sports Med, 0, 1‑8. http://doi.org/10.1136/bjsports-2017-098005

Jeffreys, I. (2006). Warm up revisited–the ’ramp’method of optimising performance preparation. UKSCA Journal, 6, 15‑19.

Soligard, T., Myklebust, G., Steffen, K., Dvorak, J., Bahr, R., & Andersen, T. E. (2008). Comprehensive warm-up programme to prevent injuries in young female footballers : cluster randomised. BMJ, 337:a2469. http://doi.org/10.1136/bmj.a2469