Category Archives

229 Articles

La formation des jeunes en préparation physique : Interrogations et propositions

Cela fait déjà plus de trois ans que j’ai eu l’opportunité de présenter à la seconde conférence de l’U3P à Paris, conférence organisée par Arnaud Ferec avec des intervenants comme Martin Buchheit (Paris Saint-Germain), Aurélien Broussal (ancien préparateur physique avec les équipes nationales de judo de la Russie et de la Grande-Bretagne, notamment) et Steve Hess (auparavant avec les Nuggets de Denver), pour ne nommer que ceux-là. J’ai aussi eu l’occasion de rencontrer Fabrice Serrano, fondateur de Step Up-Sports (http://stepup-sports.com/fr) et préparateur physique spécialisé en basketball. Quelques temps après l’événement, Fabrice a envoyé un courriel à quelques intervenants afin de questionner et discuter sur le sujet suivant : la formation des jeunes en préparation physique. Or, je ne sais pas si Fabrice a partagé cette information sur son site web ou autre, mais j’aimerais être en mesure de partager avec vous mes réponses et mes observations sur cette thématique avec comme objectif de proposer des pistes de solutions ou de réflexions.

Avec les jeunes, mon objectif principal en tant que préparateur physique est de leur permettre d’acquérir une fondation assez vaste en termes de mouvements; une fondation axée sur la qualité de mouvement avant la quantité. Toutefois, étant donné que ces jeunes ont quand même des critères à rencontrer dans la pratique de leur sport, je ne peux pas me permettre d’isoler un seul objectif au détriment des autres. L’approche en préparation physique doit donc tenir compte de l’aspect sportif (technique, tactique, etc.) et une discussion avec l’entraineur sportif doit avoir lieu. C’est toutefois mon travail que de savoir orienter le contenu et d’enseigner aux jeunes pour que ceux-ci puissent améliorer leurs mouvements afin de réduire les risques de blessures, à ne pas permettre de compensation à long terme et au final, optimiser la performance et la santé.

 

Mes réponses aux questions de Fabrice sont présentées ci-dessous selon les différentes thématiques que nous devions aborder.

 

  • Prise en compte de l’individu : Je suis tout d’accord sur le fait que la prise en compte de chaque individu est nécessaire et cela, étant donné de chaque historique d’entrainement, signature de mouvement, besoins, objectifs, rythme de maturation et de croissance sont différents d’une personne à une autre. On sait également que chaque individu ne répond pas à une même prescription d’entrainement. Dans un contexte d’équipe comme en basket, cela pose évidemment un problème de logistique. Comment puis-je orienter le plus possible mon contenu d’entrainement pour le groupe en tenant compte de l’individualité de chacun ? Le même constat s’applique évidemment pour l’entraineur sportif. Peut-on identifier des besoins communs à plusieurs joueurs et ainsi proposer un contenu plus orienté à leurs besoins dans un cadre d’équipe ? Un beau casse-tête en effet.

 

  • Existent-ils des étapes ou pas indispensables dans la formation du sportif : Selon moi, il existe effectivement des étapes dans la formation du sportif. Je dirais ici que ma réflexion est très influencée par les travaux de Kelvin Giles. Cette citation en est le meilleur exemple : « Give them the Physical Competence to do the technical stuff and then the technical competence to do the tactical stuff – in that order ». Donc, mon approche avec les jeunes athlètes que j’encadre est a priori orientée sur l’efficacité du mouvement. Dès que tu maitrises les mouvements fondamentaux que sont le squat, la fente, le hip hinge (dissociation du mouvement de la hanche et de la colonne lombaire en soulevé de terre roumain), la poussée, la tirade, la rotation et le gainage, tu peux progresser au travers du registre proposé par Kelvin Giles (2012). Bien qu’un athlète puisse ne pas démontrer la compétence dans certains mouvements fondamentaux, je ne m’empêche pas d’entrainer par exemple la course et le gainage de manière mixte ou utilisant une approche multivariée. Si le sport pratiqué requiert des qualités de gainage et de course, je ne pense pas être en mesure de me priver d’entrainer ces mouvements/qualités bien longtemps. J’utilise donc de multiples progressions et régressions d’exercices afin d’en faciliter l’intégration.

Progressions des exercices selon Kelvin Giles (2012)

 

  • Existent-ils également des étapes ou pas indispensables dans la formation du sportif pour le renforcement musculaire : À cet égard, la question de contrôle et de qualité du mouvement est très importante pour moi. Je demande avec les jeunes une belle exécution du mouvement avant de penser à le répéter à plus grand volume. Plus spécifiquement, il est possible de manipuler l’amplitude de mouvement et la vitesse de mouvement si le mouvement est nécessaire dans la pratique sportive. Prenons le squat par exemple, disons qu’un athlète manque de mobilité à la cheville pour réaliser le mouvement complet, pourquoi éliminer cet exercice alors qu’un mouvement de demi-squat est possible et que l’athlète en question est en mesure de le faire sans problème ? Certains pourraient dire que je ne fais qu’ajouter une « fonction au-dessus d’une dysfonction » – Gray Cook (Cook, Burton, Kiesel, Rose, & Bryant, 2012)), mais c’est un mouvement si important en termes d’intégrité des membres inférieurs, de mobilité des articulations et de réduction des forces qui me donne beaucoup d’informations dans mon intervention ! Donc, je ne crois pas qu’une approche soit meilleure ou plus mauvaise (!?) que l’autre ; simplement question de philosophie/perception/manière de travailler.

 

  • Des exercices qui pour moi seraient indispensables pour passer à l’étape suivante : C’est une bonne question et je suis un peu embêté. Je crois que c’est une combinaison de facteurs. Est-ce que l’athlète peut réaliser un mouvement dit fondamental avec amplitude, vitesse & contrôle ? Est-ce que l’athlète peut répéter ce mouvement avec la même amplitude, vitesse et contrôle dans un état de fatigue, avec un volume grandissant sans que la qualité de mouvement se détériore ? Ensuite, est-ce que je peux intégrer ces mouvements dans une situation de compétition avec un environnement chaotique et observer chez l’athlète une performance sportive adéquate selon l’œil de l’entraineur sportif, mais aussi sur le plan préparation physique. Un exemple pourrait être un skieur qui est en mesure de réaliser un parcours technique avec un bon temps sans douleur/faiblesse/compensation après un retour en compétition. Si je peux te donner un exemple concret d’un exercice ou ensemble d’exercices jugés comme indispensable pour passer à l’étape suivante, il s’agit du Leg Circuit de Vern Gambetta (2007). Ce circuit consiste en 20 répétitions au squat poids de corps, 20 fentes avant en alternance, 20 step-ups dynamiques et 10 squat jumps avec mains sur les hanches. En retour à la compétition, soit après la réhabilitation et le retour à l’entrainement suite à une blessure au genou par exemple, Vern Gambetta valide son intervention lorsque l’athlète est en mesure de réaliser 5x le circuit sans temps de repos inter-exercices et inter-séries afin de tester les qualités de force-puissance. Pour lui, training = testing & testing = training.

 

  • Est-ce que le développement du haut du corps est aussi important que le bas dans ces âges : Je suis d’avis que le développement de la musculature des membres inférieurs et des muscles du tronc est plus important que celle du haut du corps. Cela dépend bien sûr des sports, mais dans l’ensemble, beaucoup de sports sollicitent les jambes que cela soit à la course, en descente en ski, réception de saut, hockey sur glace, etc. Si le sport requiert de pousser un adversaire comme en football US ou rugby, alors oui le développement du haut du corps est important, mais je mettrais principalement mes énergies sur les membres inférieurs en termes de prévention des blessures aux chevilles, aux genoux, à la hanche, au dos et aussi en termes de performance. Également, si je suis limité dans l’équipement à ma disposition, je crois qu’il est plus facile d’orienter le contenu d’une séance pour solliciter les membres inférieurs et le tronc.

 

  • Le GAINAGE comme étant indispensable et de le greffer autour apprendre à courir, réagir, se déplacer, se renforcer : J’observe chez les jeunes un manque de force et d’endurance au niveau du gainage. Pas seulement au niveau statique, mais également dynamique. Par exemple, lors de l’exécution d’une fente avant, je vois beaucoup de jeunes éprouvant de la difficulté à stabiliser le tronc. Compte tenu du temps limité en préparation physique, je ne peux pas uniquement le restreindre à ne faire que du gainage ! Je pense que l’athlète recherche plus qu’une séance dédiée entièrement à faire du gainage, mais qu’il est possible de proposer un vaste répertoire d’exercices allant de statique à dynamique, simple à complexe et avec différents outils qui nous permettent de remplir plusieurs mandats à la fois. Finalement, si un jeune doit améliorer un exercice fondamental (ou que je juge comme fondamental), je vais passer du temps ou du moins trouver plusieurs opportunités à l’intérieur d’une séance ou d’une ensemble de séances pour adresser cet exercice. Par exemple, le hip hinge peut être intégré à l’échauffement avec un bâton pour +10 à 15 répétitions pour ensuite être renforcé avec une barre ou un kettlebell ou même avec des ballons médicinaux lors de mouvements de lancers. Il suffit alors de coacher le mouvement, mais cela me permet de cibler des qualités complémentaires et essentielles à la pratique sportive.

 

Références :

Cook, G., Burton, L., Kiesel, K., Rose, G., & Bryant, M. F. (2012). Movement – Functional Movement Systems: Screening, Assessment and Corrective Strategies. On Target Publications.

Gambetta, V. (2007). Athletic Development: The Art & Science of Functional Sports Conditioning. Champaign, Il: Human Kinetics.

Giles, K. B. (2012). An introduction to athlete development. Movement Dynamics UK Ltd.

RÉTROSPECTIVE 2017 : Un retour sur l’année 2017 pour XR Performance

L’année 2017 fut une année bien remplie sur plusieurs plans. La période des Fêtes ainsi que la fin de l’année constituent un bon moment pour refléter sur notre pratique, sur nos succès et nos moins bons coups afin d’apprendre et de progresser.

Au cours des derniers mois, j’ai été choyé de pouvoir prendre en charge la préparation physique d’une équipe de football de niveau universitaire. Bien que j’ai pu travailler dans ce milieu pendant 2 ans de 2011 à 2013 ainsi qu’au niveau collégial, c’est vraiment au cours de cette année que j’ai pu mettre en place un véritable programme de développement athlétique. Suite à de nombreuses discussions avec un de mes anciens professeurs en kinésiologie, celui-ci a mentionné lors d’une de nos rencontres que ce que je lui présentais était bien plus qu’un simple programme d’entrainement. Le programme comprenait une philosophie, une mission, une direction bien précise sur l’approche que nous allions utiliser ainsi qu’un vaste répertoire de méthodes, d’exercices, etc. Mais plus important encore, il s’agissait de présenter une façon de faire, de présenter la ligne directrice qui allait guider notre approche dans le contexte particulier de cette équipe, avec les installations et les ressources auxquelles elle pouvait avoir accès. Il s’agissait vraiment de l’an 1 de ce programme. Est-ce que tout s’est déroulé comme prévu? Certainement pas! Est-ce qu’il y a place à de l’amélioration? Certainement! La beauté de ce processus est qu’il est organique et, je l’espère, offre une structure dans laquelle nous pouvons, du mieux que nous pouvons, cibler les besoins individuels de chaque étudiant-athlète de cette équipe.

Bien que la majorité de mon travail soit orienté avec des étudiants-athlètes en football, j’ai aussi eu l’opportunité de travailler avec des étudiants-athlètes dans d’autres sports. Depuis plusieurs mois, j’ai la chance de suivre une étudiante-athlète en patin de vitesse sur courte piste qui conjugue à la fois sport de haut niveau et études universitaires en médecine. Je me dois de souligner les efforts qu’elle met dans ses études, son entrainement sur glace et hors-glace. Elle a connu une progression impressionnante et des résultats tout aussi impressionnants aux dernières qualifications nationales ouvertes (5e au classement cumulatif), ce qui lui vaut une invitation pour les Sélections canadiennes senior qui auront lieu en janvier 2018. Plus récemment, j’ai la chance de pouvoir m’occuper de deux étudiantes-athlètes en athlétisme. Il s’agit pour moi d’une première expérience avec ce sport et une excellente opportunité d’apprendre de ces deux étudiantes-athlètes et de leurs entraineurs. Cela ne fait que quelques semaines que nous travaillons ensemble, mais j’ai bien hâte de suivre leur progression au cours des différentes compétitions qui se dérouleront au cours de l’année 2018. Finalement, j’ai eu la chance de travailler avec un jeune étudiant-athlète en soccer pour quelques séances de réathlétisation au printemps dernier suite à une chirurgie mineure à un genou. Au cours de dernières années, j’ai eu la chance de le voir jouer lorsque j’intervenais avec le programme de concentration soccer de son école secondaire. Je suis heureux d’avoir pu constater que ses efforts ont pu être récompensés alors qu’il a accepté de poursuivre son parcours académique et sportif dans une académie privée en Floride.

Du côté académique, l’année 2017 fut fort occupée. Depuis déjà plusieurs années, je me penche sur ma thèse de doctorat en éducation. J’ai finalement pu présenter en octobre dernier un projet de thèse en lien avec mes intérêts de recherche, soit la préparation physique (plus précisément la quantification de la charge d’entrainement) et la pratique réflexive dans le coaching. J’ai enfin pu recueillir toutes les données qui me permettront de poursuivre la rédaction et, souhaitons-le, soutenir cette thèse dans un avenir rapproché. J’ai aussi eu la chance d’obtenir le poste de chargé de cours dans le programme de Sports Studies de l’Université Bishop’s. Il s’agit d’une opportunité de pouvoir traduire et partager mes expériences et mes connaissances avec de jeunes étudiants et étudiantes qui me stimule beaucoup. Pour une personne plus réservée comme je le suis, le fait que devoir présenter devant un auditoire, en anglais, autant dans le cadre de présentations magistrales que des interventions pratiques, a été très enrichissante. Est-ce que cela a été parfait? Très loin de là, mais je me dis que comme toute chose, il s’agit d’un processus et que l’on devient plus à l’aise et meilleur avec le temps et la pratique. En tant qu’acteur de terrain et travaillant surtout avec des sports collectifs ou en force-vitesse, il a été parfois difficile de vulgariser des protocoles d’évaluation pour la composante aérobie quand tu n’as jamais vraiment passé ou fait passer un test de VO2max par exemple… Au cours des prochaines semaines, il s’agira toutefois de monter un cours sur le développement de la performance, un cours qui, je crois, sera plus pratique et plus dans mon champ professionnel.

Que nous réserve l’année 2018? Tel que mentionné précédemment, je compte bien poursuivre la rédaction de ma thèse et terminer également la rédaction de quelques articles avec différents collaborateurs. Je suis également excité à l’idée de pouvoir intervenir lors d’une conférence à Paris; conférence qui sera mise sur pied par mon collègue Benjamin Dumortier. Au niveau de la formation continue, j’ai bel et bien l’intention de retourner à Houston pour une 7e année consécutive afin de participer au programme de mentorat GAIN organisé par Vern Gambetta. D’autres arrêts sont prévus au cours des prochains mois à Burke Mountain Academy et à Philadelphie, notamment. Cela est sans compter les nombreux échanges avec divers intervenants du milieu de la préparation physique.

Sur ce, je souhaite que 2017 ait été à la hauteur de vos attentes et que 2018 soit une année qui saura vos combler à tous les niveaux.

Présentation sur la Prévention des blessures, nutrition et récupération en lacrosse

En avril dernier, j’ai eu l’opportunité de m’adresser à des jeunes athlètes pratiquant le sport de la crosse dans le cadre d’un camp de sélection de la Fédération de crosse du Québec. A priori, les gens responsables m’ont demandé d’aborder principalement le sujet de la nutrition. Comme je suis kinésiologue de formation et non pas nutritionniste, il était impossible pour moi d’émettre des recommandations précises aux gens présents. Pour être en mesure d’aborder ce sujet d’un angle très général, j’ai plutôt placé les besoins nutritionnels des athlètes en fonction des exigences du sport de la crosse et d’une optique de développement athlétique et de récupération.

Le sport étant un sport d’invasion demandant de réaliser des efforts de haute intensité (sprints sur distances variées, changements de direction, etc.) entrecoupés de temps de repos variables, un apport adéquat en protéines servira à la construction/réparation des tissus tandis que les glucides agiront comme source d’énergie.

Lors de la tenue d’un tournoi, comme cela allait être le cas pour ces jeunes athlètes, la mise en place d’une routine avant, pendant et après les matchs devient un facteur de succès important. La routine d’avant-match permet d’optimiser la préparation de l’athlète alors que les différentes pauses pendant un match permettent de refaire ses énergies et ajuster la stratégie proposée par l’entraineur en fonction du déroulement de la rencontre. Finalement, les moments immédiatement après le match permettent de régénérer les substrats énergétiques alors que les heures suivantes permettent de décompresser et récupérer en vue du prochain duel.

Finalement, une préparation optimale en vue de tels tournois repose sur bien plus qu’un seul aspect comme la préparation physique, la nutrition ou le coaching. Toutes ces composantes de la performance sportive doivent créer une synergie en fonction des objectifs du tournoi tel qu’identifié par l’entraineur ou les membres de la fédération. Le principal objectif de cette présentation était d’éduquer les jeunes et leurs parents quant aux différentes exigences de leur sport sur la prévention des blessures via une préparation athlétique adéquate et une bonne gestion de la récupération via des concepts généraux en nutrition (diversité des aliments, préparer ses repas à l’avance, etc.) et quelques méthodes physiques et psychologiques favorisant la récupération entre les matchs.

S’entrainer au cours d’une saison de compétition : Le développement athlétique d’athlètes en sports collectifs lorsque l’on doit performer à chaque semaine

La réalité actuelle des athlètes en sports collectifs fait en sorte que le temps disponible pour se préparer, que cela soit sur le plan physique, technique, tactique ou même psychologique, en prévision d’une saison de compétition est désormais de plus en plus court. Au niveau professionnel par exemple, la saison de compétition dans certains sports s’étend maintenant sur plus de 35 semaines si bien que la période de l’entre-saison est maintenant quasi inexistante si l’on prend en considération les différentes obligations de ces athlètes avec les équipes nationales par exemple. Au niveau amateur, il est courant de voir des athlètes enchainer les saisons extérieures et intérieures dans un sport comme le soccer ou le hockey sur glace, avec comme conséquence que les opportunités de récupérer et de développer les diverses qualités physiques ou habiletés sportives se font rares.

Au football universitaire canadien, la réalité est quelque peu différente. La saison de compétition se déroule à l’automne avec 2 semaines de pré-saison, 9 semaines de saison régulière et jusqu’à 4 semaines de séries éliminatoires pour les deux équipes qui se rendent jusqu’au championnat national. Ensuite, pour une période approximative de 8 ou 9 mois, il est possible pour ces étudiants-athlètes de mettre l’accent sur leur préparation en vue de la prochaine saison de compétition.

Lorsque vient le temps de planifier le travail sur plusieurs plans (physique, technique, tactique et psychologique) à accomplir pour se préparer à un tel calendrier intensif, les entraineurs et spécialistes qui gravitent autour de l’équipe s’adonne à la mise en place d’une planification annuelle d’entrainement. Si l’on peut résumer sommairement la périodisation de l’entrainement, cela consiste à diviser en de plus petites unités de temps le travail à accomplir afin d’atteindre les objectifs de performance que l’on se fixe. Généralement, ces modèles classiques suggèrent la réalisation d’un haut volume d’entrainement dit général à faible intensité pour progresser vers des activités d’entrainement de plus en plus spécifiques au sport pratiqué et d’une plus grande intensité à moindre volume. Toutefois, dans les sports collectifs, ce type de périodisation est plus difficilement applicable compte tenu de la rigueur et du format du calendrier de compétition. Dans certains sports, il est désormais impossible de penser atteindre un pic de performance à la fin de la saison, puisque les résultats hebdomadaires sont cruciaux dans le succès et le parcours de l’équipe. Ainsi, l’équipe doit être en mesure de performer à une ou plusieurs reprises à l’intérieur d’une semaine de 7 jours. Pour cela, il est préférable de privilégier une approche plus flexible. Par exemple, en utilisant une approche qui permet la régulation de l’entrainement au quotidien, définie par Michel Portmans comme « l’adaptation pragmatique à la situation du moment » (dans Krantz & Dartnell, 2008 ; p.69), l’entraineur, en étant à l’écoute de l’athlète, peut mieux gérer un ensemble de facteurs affectifs, cognitifs et énergétiques interagissant entre eux de manière dynamique dans le contexte actuel où se déroule l’entrainement.

À cet égard, l’implantation d’une périodisation dite tactique est intéressante, autant pour les entraineurs que pour les spécialistes qui gravitent autour d’une équipe sportive (préparateur physique, thérapeute, etc.). Ce modèle de périodisation proposé par Vitor Frade (Connolly & White, 2017; Delgado-Bordonau & Mendez-Villanueva, 2012; Oliveira, 2014; Smith, 2017). Sans entrer dans les détails de ce modèle, celui-ci propose l’identification de thématiques d’entrainement pour les différents jours qui composent la semaine de préparation entre deux matchs. Par exemple, Connolly & White (2017) proposent de diviser la semaine de préparation comme suit : (1) « individual correction & recovery », (2) « Acquisition of learning experiences » et (3) « rehearsal of patterns ». Pour utiliser un langage plus commun, on peut parler de (1) récupération, (2) entrainement et (3) mini-affûtage. Ainsi, il est plus facile d’aligner les différentes activités d’entrainement en fonction des objectifs globaux de chaque séance tout en permettant un équilibre entre une récupération adéquate suite au match précédent et une préparation optimale en vue du prochain match.

Comment cela se traduit-il concrètement sur le terrain ?

Présentement, le format d’une semaine de compétition avec une équipe de football universitaire dépend d’abord et avant tout du calendrier de compétition. Par exemple, les thématiques de séances d’entrainement seront différentes si l’équipe dispose de seulement 5-6 jours de préparation entre deux matchs comparativement à si les matchs les matchs ont lieu à chaque samedi. Le contenu des séances en préparation physique sera également différent pour s’adapter à la réalité des matchs et des séances d’entrainement. Toutefois, en m’inspirant des écrits et propositions de certains auteurs (Allerheiligen, 2003; Yule, 2014), il est possible d’orienter le contenu des séances en préparation physique pour que celles-ci cadrent avec le modèle tactique mis en place par le groupe d’entraineurs. Par exemple, la première séance en préparation physique de la semaine est habituellement réalisée le mardi, soit 3 jours après le match (J+3) et comprend deux tri-séries composées d’exercice pluri-articulaires. Ensuite, environ 24-48 heures avant le match, les joueurs réalisent une courte séance d’entrainement en salle qui vise la potentiation du système nerveux en vue du prochain match. Les joueurs sont avisés et éduqués quant à l’objectif de cette séance afin que l’on évite de soulever des charges trop lourdes et causer une fatigue importante. Le tableau ci-dessous présente de manière globale le contenu des deux séances.

Séance #1 Séance #2
Préparation à la séance (échauffement)

Tri-série #1

1A. Membres inférieurs (Double-leg)

1B. Membres supérieurs (Poussée ou tirade)

1C. Movement-Based Strength (MSB)

Tri-série #2

2A. Membres inférieurs (Single-leg)

2B. Membres supérieurs (Tirade ou Poussée)

2C. MSB

Reset/Intégration

Préparation à la séance (Échauffement)

Tri-série #1

1A. Exercice en force

(Squat, Bench press ou Tirade lourde)

1B. Exercice en vitesse

(Exercice balistique, pliométrie, sprints/Agilité)

1C. Habileté motrice spécifique

(Sprint, Réception de saut, MB throws, activité spécifique au sport avec résistance)

Reset/Intégration

 

Au cours de la saison de compétition, ces séances sont répétées à chaque semaine, mais le nombre de répétitions pour chaque exercice est modifié selon 3 blocs d’entrainement. Au cours du premier bloc d’entrainement qui débute avec le camp d’entrainement pré-saison, le nombre de répétitions qui est privilégié est de 6-10 répétitions, surtout en ce qui a trait à la séance #1. Le nombre de répétitions de la seconde séance sera relativement similaire pour chaque bloc d’entrainement et pour la durée de l’entrainement pendant la saison de compétition. Ce premier bloc d’entrainement intitulé « Prepare » permet aux joueurs de s’entrainer davantage en hypertrophie en sachant que les exigences élevées d’un camp pré-saison limiteront l’énergie disponible pour les séances en salle de musculation et donc l’intensité des exercices. Ensuite, le second bloc d’entrainement « Advance » consiste à réduire le nombre de répétitions afin de favoriser les gains ou le maintien des gains en force. Pour se faire, le nombre de répétitions pour certains exercices qui permettent de soulever davantage de poids si situe autour de 3-5 répétitions. Finalement, le dernier programme « Conquer » met l’accent sur la puissance musculaire en réalisant principalement des exercices de manière rapide et explosive avec très peu de répétitions et des temps de repos un peu plus long (environ 2 minutes).

Finalement, il est bien évident qu’un tel plan puisse subir de nombreux changements en fonction notamment des besoins du moments (changement dans les séances d’entrainement, besoin accru de récupération, blessures, etc.). Néanmoins, l’établissement d’un plan avant le début de la période de compétition est essentiel pour que les athlètes puissent maintenir ou poursuivre le développement les qualités nécessaires à la performance sportive, autant sur le plan individuel que collectif.

Références :

Allerheiligen, B. (2003). In-Season Strength Training for Power Athletes. Strength and Conditioning Journal, 25(3), 23‑28.

Connolly, F., & White, P. (2017). Game changer : The art of sports science. Victory Belt Publishing Inc.

Delgado-Bordonau, J. L., & Mendez-Villanueva, A. (2012). Tactical Periodization: Mourinho’s best-kept secret? Soccer Journal, (May/June), 29‑34.

Krantz, N., & Dartnell, L. (2008). Les experts en questions: Savoirs professionnels en matière d’entrainement (2 ième). Paris, France: INSEP – Publications.

Oliveira, R. (2014). Tactical Periodization : The secrets of soccer most effective training methodology.

Smith, R. (2017). Cybernetics, Cesarean Sections and Soccer’s Most Magnificent Mind. New York Times, p. 1‑8. Consulté à l’adresse https://mobile.nytimes.com/2017/04/26/sports/soccer/cybernetics-cesarean-sections-and-soccers-most-magnificent-mind.html

Yule, S. (2014). Maintaining an in-season conditioning edge. Dans D. Joyce & D. Lewindon (Éd.), High-Performance Training for Sports (p. 301‑318). Windsor, Ontario: Human Kinetics.

La communauté de pratique pour situer le rôle de l’entraîneur dans une équipe sportive

La structure sociale que représente une équipe sportive est complexe et dynamique. Son évolution, ainsi que celle des membres qui la composent, s’adapte aux diverses situations, défis et autres circonstances qu’elle rencontre. En examinant les travaux de Wenger (1998) sur les communautés de pratique (également cités dans Galipeau & Trudel, 2004, 2005; Jones, 2007; Jones, Morgan, & Harris, 2012; Sullivan, 2008), il est possible de mieux situer le rôle de l’entraîneur sportif, du groupe d’entraîneurs et de l’équipe de soutien vis-à-vis les athlètes qui font partie de l’équipe.

A priori, une communauté de pratique peut être définie comme un groupe comprenant plusieurs individus qui partagent une passion, rencontrent un problème particulier qui les interpellent… et qui approfondissent, partagent leurs connaissances, leurs expériences et leur expertise par les interactions qu’ils ont entre eux (Galipeau & Trudel, 2004). Dans le contexte d’une équipe sportive, nous retrouvons non pas une communauté de pratique, mais bien deux : le groupe d’entraîneurs et les membres ou athlètes qui composent de l’équipe (Galipeau & Trudel, 2004). La relation entre ces deux communautés se fait selon trois dimensions : une volonté de réaliser un objectif/atteindre un but, un engagement mutuel et un répertoire ou vocabulaire commun (Galipeau & Trudel, 2005; Smith, 2003). Toutefois, cette relation constitue une de négociation continue entre les deux groupes ; les objectifs des entraîneurs pouvant différer de manière assez importante des objectifs et aspirations des athlètes.

Pour l’entraîneur-chef, situer son rôle ainsi que celui des autres entraîneurs et membres de l’équipe de soutien par rapport aux athlètes peut se révéler très bénéfique. A priori, cela permet d’établir une ligne de communication claire avec les athlètes, que cela soit sur le plan sportif, académique ou social. Quels sont les objectifs, les buts collectifs et individuels de chaque membre de l’équipe ? Est-ce qu’un athlète est motivé par l’atteinte d’un niveau de performance élevé ou davantage par l’impact qu’il peut avoir sur l’ambiance autour de l’équipe par exemple ? Cela permet également à l’entraîneur d’adapter son approche par rapport à certaines compétitions, à l’atteinte de certains objectifs au cours d’une saison de compétition ou à situer le rôle d’un athlète à l’intérieur de l’équipe.

À cet égard, considérer les athlètes d’une équipe sportive comme une communauté de pratique où l’intégration des membres se fait de manière progressive selon le niveau de participation est aussi intéressant pour l’entraîneur-chef et son équipe de soutien. Dans une recherche sur l’expérience des recrues au sein d’une équipe de sport de niveau universitaire, Galipeau & Trudel (2004) rapportent qu’un joueur recrue se situe d’abord en périphérie de la communauté de pratique que forme l’équipe sportive. Selon son niveau de participation, l’interaction qu’il a avec les autres membres « vétérans » de l’équipe et aussi de la perception qu’on les autres joueurs quant à l’arrivée de cette recrue, ce dernier peut s’intégrer plus ou moins facilement à cette communauté de pratique. Au cours de ce processus, l’entraîneur-chef a certainement un rôle ou une influence à jouer. Cette zone d’influence de l’entraîneur peut toutefois avoir des répercussions positives ou négatives, autant pour lui que pour l’athlète en question.  Forcer l’équipe à accepter un joueur qu’elle ne souhaite pas intégrer à sa communauté de pratique ne rendra pas la vie facile à l’entraîneur. Toutefois, aider un joueur recrue à s’intégrer en favorisant les interactions avec certains vétérans clés ou l’aider dans le développement de ses habiletés sportives ou sociales peut s’avérer être une action importante pour l’entraîneur, la recrue en question et l’équipe dans son ensemble.

Pour les autres membres du groupe d’entraîneurs, cette zone d’influence est également valide, mais à plus petite échelle et dans un contexte relationnel différent. Tandis que l’entraîneur-chef occupe souvent un rôle de gestionnaire ou de « chef de projet performance » (Pérez, 2009), les entraîneurs-adjoints eux travaillent habituellement avec un groupe restreint d’athlètes, ce qui leur permet d’avoir un contact plus étroit et souvent peut-être plus personnel avec eux ; les athlètes pouvant être plus ouverts à partager des informations personnelles (difficultés sportives, académiques, personnelles, etc.) avec l’entraîneur-adjoint qu’avec l’entraîneur-chef. Alors que l’entraîneur-chef s’occupe avant tout de l’équipe dans son ensemble, les adjoints et les membres de l’équipe de soutien peuvent travailler davantage sur l’individu et ses besoins du moment, ce qui peut aider cet athlète à se développer et s’épanouir sur les plans sportif, personnel ou académique.

En conclusion, examiner la place et le rôle de l’entraîneur sportif selon la théorie de la communauté de pratique peut aider à mieux comprendre la dynamique de négociation entre ce dernier et les athlètes qu’il supervise. Cela peut permettre ultimement de mieux encadrer l’athlète dans son développement et l’atteinte de ces objectifs tout en permettant à l’entraîneur, ses adjoints et les membres de l’équipe de soutien de mieux orienter le contenu de leurs diverses interventions auprès de joueurs.

 

Bibliographie

Galipeau, J., & Trudel, P. (2004). The experience of newcomers on a varsity sport team. Applied research in coaching and athletics annual, 19, 166‑188.

Galipeau, J., & Trudel, P. (2005). The role of the athletic, academic, and social development of student-athletes in two varsity sport teams. Applied research in coaching and athletics annual, 20, 27‑49.

Jones, R. L. (Éd.). (2006). The Sports Coach as Educator: Re-conceptualising sports coaching. New York, NY: Routledge.

Jones, R., Morgan, K., & Harris, K. (2012). Develpping coaching pedagogy : seeking a better integration of theory and practice. Sport, Education and Society, 17(3), 313‑329.

Pérez, S. (2009). Cognition et formation en sport de performance : De nouveaux cadres de pensée pour comprendre l’activité et la formation des cadres du sport de haut niveau? Intellectica, 2(52), 119‑137.

Smith, M. K. (2003). Communities of practice. The encyclopedia of informal education. Consulté à partir de l’adresse : www.infed.org/biblio/communities_of_practice.htm.

Sullivan, M. O. (2008). Creating and Sustaining Communities of Practice Among Physical Education Professionals. eJRIEPS, 15, 21‑31.

Wenger, E. (1998). Communities of Practice : Learning, Meaning and Identity. New York: Cambridge University Press.