L’individualisation, en entraînement comme en éducation

Le principe d’individualisation est très important dans l’entraînement comme dans bien d’autres sphères de la vie.  Le contenu d’un programme d’entraînement doit être établi en fonction des capacités de l’athlète, ses caractéristiques et ses besoins.  Par exemple, un athlète en football ne peut pas s’entraîner comme un athlète en hockey, puisque les exigences du sport ne sont pas les mêmes.  De plus, dans le même sport, deux athlètes ne devraient pas nécessairement suivre le même programme d’entraînement compte tenu de leur bagage d’entraînement, de leur profil génétique et d’autres facteurs externes qui peuvent faire en sorte que ces derniers réagissent et s’adaptent de différentes façons à un même entraînement.  Cela ne veut pas dire que la structure globale de l’entraînement doit être différente lorsque l’on prend en considération les demandes du sport, mais que les différences entre les programmes de ces deux athlètes peut se situer au niveau des exercices sélectionnés, du volume total de la séance, de l’intensité, de la complexité des exercices, etc.

Dans un monde idéal, tous les programmes d’entraînement des athlètes qui composent une équipe sportive devraient être individualisés.  Souvent plus facile à dire qu’à faire quand on dispose de ressources humaines et d’un temps qui sont limités.  Toutefois, dans une certaine mesure, il faut viser à atteindre cet objectif.  Comme je vous dis, il peut s’agir de modifications mineures à un programme plus large qui vise le développement des qualités physiques requises pour réaliser l’activité sportive.  À cet égard, la pratique du professionnel en préparation physique s’oriente davantage vers une approche centrée sur l’individu et ses besoins.  Cette approche, dite athlete-centered, est à l’opposé d’un modèle que l’on appelle souvent one-size-fits-all (Jones, 2007).

Dans son livre What a coach can teach a teacher, Duncan-Andrade (2010) fait référence à la zone de développement proximal (ZDP) de Vygotsky (1978) pour soutenir le fait que les étudiants sont différents dans leurs capacités d’apprentissage et que le modèle one-size-fits-all ne convient donc pas à leurs besoins.  Cette théorie de la zone de développement proximal est définie communément comme ce que l’apprenant est en mesure de réaliser dans le moment présent en collaboration avec une aide extérieure avant de pouvoir réaliser cette même tâche de manière indépendante dans le futur (Chaiklin, 2003).  Dans le contexte du coaching et de la préparation physique, il est possible de transposer le rôle de l’entraîneur sportif ou du préparateur physique comme étant celui de cette aide extérieure.

Pour donner un premier exemple plus précis, prenons l’enseignement de l’haltérophile, puisqu’il s’agit d’un moyen fort populaire de développer des compétences physiques importantes de la performance sportive.  Deux athlètes sont supervisés à l’entraînement; l’athlète A possède un bagage d’entraînement plus avancé et l’athlète B que l’on considère comme un débutant.  Par exemple, je ne peux pas demander à l’athlète B de réaliser le même épaulé complet à partir du sol que l’athlète A si les compétences requises pour réaliser l’exercice sont au-delà de ses aptitudes actuelles.  Pour se faire, je peux adapter le choix des exercices et opter pour une variation de l’épaulé comme un squat sauté ou une tirade sautée par exemple.  Une fois ces mouvements maîtrisés, il est possible de progresser et tenter l’exécution de mouvements plus complexes.

Un second exemple serait celui de deux athlètes dans un sport collectif, soit une recrue et un vétéran de plusieurs saisons.  L’entraîneur sportif explique un concept tactique complexe que la recrue éprouve de la difficulté à comprendre, mais qui est bien compris par le vétéran de l’équipe.  Plusieurs options s’offrent donc à l’entraîneur sportif dans son intervention.  Ce dernier peut expliquer, décortiquer, simplifier le concept afin de faciliter la compréhension de la recrue.  Toutefois, pour le vétéran, cette intervention ne lui offre pas la possibilité de se développer, car il comprend déjà le dit concept.  Une autre option serait que l’entraîneur sportif demande au vétéran d’expliquer le concept tactique au joueur recrue de manière à ce que le vétéran puisse stabiliser sa compréhension du concept tout en le vulgarisant afin que la recrue comprenne.  Par la suite, l’entraîneur sportif peut demander à la recrue d’interpréter, dans ses mots, sa compréhension du concept.

Dans les deux exemples présentés ci-dessus, le contenu de l’enseignement est adapté aux besoins et aux capacités actuelles des individus.  Il s’agit là d’individualisation dans sa forme la plus simple.  Si l’entraîneur ou le préparateur physique n’avait pas individualisé le contenu de leur enseignement, les deux athlètes moins avancés n’auraient pas été sollicités de manière optimale dans leur développement.  L’utilisation de la zone de développement proximal dans ce contexte est donc utile à cet égard.  Il ‘agit toutefois d’être en mesure d’identifier les zones de développement de chaque athlète, ce qui peut s’avérer un défi complexe en soi.

Plusieurs autres facettes de la préparation physique et du coaching doivent être individualisées afin d’amener des résultats optimaux à l’entraînement.  Le type d’entraînement, la résistance/tolérance au stress, la nutrition, le sommeil, la récupération, le type d’instruction fournie par l’entraîneur, etc. sont des facteurs qui doivent être personnalisés et adaptés aux athlètes.  Les intervenants (coach, préparateur physique, thérapeute, etc.) doivent donc être outillés à varier leurs interventions selon les besoins et capacités des athlètes avec qui ils travaillent.

Note:  Selon Chaiklin (2003), notre compréhension commune de la théorie de Vygotsky peut être mal comprise, car elle n’est pas si simple et il faut connaître et comprendre le contexte plus grand du développement de l’enfant dans lequel cette théorie se situe.  L’auteur soutient notamment que cette théorie doit être reliée au développement de l’individu dans sa globalité et non pas au développement d’une habileté spécifique.  Pouvons-nous parler d’acquisition d’une expérience de vie qui se traduira plus tard par une plus grande maturité?  Pour ma part, je comprends l’utilisation de la théorie de la zone de développement proximal telle que présentée par Duncan-Andrade (2010), mais je devrais faire quelques lectures additionnelles pour mieux en saisir le sens premier selon Vygotsky.

Références:

Chaiklin, S. (2003). The Zone of Proximal Development in Vygotsky ’ s Analysis of Learning and Instruction. In A. Kozulin, B. Gindis, V. S. Ageyev, & S. M. Miller (Eds.), Vygotsky’s Educational Theory in Cultural Context (pp. 39–64). Cambridge, UK: Cambridge University Press.
 
Duncan-Andrade, J. M. R. (2010). What a coach can teach a teacher: Lessons urban schools can learn from a successful sports program (p. 260). New York: Peter Lang Publishing.
 
Jones, R. L. (2007). The Sports Coach as Educator: Re-conceptualising sports coaching. (R. L. Jones, Ed.) (p. 185). London, UK: Routledge.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *