Individualisation ou « individual attention » : Repositionner un principe d’entrainement dans le quotidien des sports collectifs

L’optimisation de la performance sportive est guidée par plusieurs principes d’entrainement. Alors que les exercices qui composent un programme d’entrainement varient en fonction du sport, de la philosophie de l’entraineur et des ressources disponibles, entre autres, ces principes d’entrainement servent de références sur lesquelles il est possible d’évaluer et d’ajuster ce processus.

Un exemple de ces principes d’entrainement est l’acronyme S.P.O.R.T : (1) Spécificité, (2) Progression, (3) Overload ou surcharge, (4) Réversibilité et (5) Tedium ou Variété. Toutefois, selon les auteurs et les ouvrages que vous consultez, il est fort possible que d’autres principes s’ajoutent à cette courte liste. Un de ces principes d’entrainement est celui d’individualisation. Selon la définition fournie par Martin Roy, professeur à la Faculté des sciences de l’activité physique de l’Université de Sherbrooke : « l’entrainement (ou la charge d’entrainement) doit être établi en fonction des capacités de l’athlète, ses caractéristiques et ses besoins. Les athlètes réagissent et s’adaptent de différentes façons à un même entrainement ».

Or, dans le contexte des sports collectifs, l’individualisation de l’entrainement représente un énorme défi. En effet, la réponse individuelle à l’entrainement peut varier d’un individu à un autre ou d’une période d’entrainement à une autre et dépend, entre autres, du niveau initial de la performance du participant, de son bagage sportif, de son historique de blessure ainsi que de sa tolérance individuelle à une charge de travail donnée. Une même séance peut donc stimuler des adaptations physiologiques chez certains alors que pour d’autres, celle-ci soit insuffisante ou peut-être trop difficile. La même réflexion est également valide du point de vue de l’apprentissage technique ou tactique. De plus, l’entraineur au sein d’un sport collectif doit à la fois promouvoir la performance individuelle et la performance collective. Comment alors est-il possible d’individualiser l’entrainement dans des sports comme le soccer, le hockey sur glace, le rugby, le football ou le basketball par exemple?

Pour certains préparateurs physiques, l’individualisation est importante certes, mais difficile à appliquer dans leur travail au quotidien.

Pour certains préparateurs physiques, l’individualisation est importante certes, mais difficile à appliquer dans leur travail au quotidien.

J’ai déjà mentionné dans le passé que, lorsque j’étais responsable de la préparation physique avec l’équipe de football du Vert & Or de l’Université de Sherbrooke, il n’y avait qu’un seul programme d’entrainement et que les ajustements en fonction des positions et besoins des étudiants-athlètes étaient faits au quotidien quand cela était jugé nécessaire. Or, la semaine dernière, Stuart McMillan, l’entraineur du sprinteur canadien Andre de Grasse, a abordé la question d’individualisation de l’entrainement lors de sa présentation du 5e World Speed Summit. Dans son contexte de travail avec Altis, il supervise l’entrainement d’athlètes d’élite en sprint dans de petits groupes de 8-12 individus et il faisait la distinction entre individualisation et « individual attention » ou attention individuelle. Dans le premier scénario, chacun des 8 ou 12 athlètes aurait un programme d’entrainement individualisé selon ses besoins et comment il est en mesure de réaliser la séance à venir. Dans le second scénario, en fonction de la thématique de la séance, l’entraineur peut manipuler les différents paramètres (intensité, volume, repos, choix des exercices, etc.) selon la capacité du moment de l’athlète tout en maintenant une certaine structure au niveau du déroulement de la séance en gardant en perspective les prochaines séances qui composent le microcycle d’entrainement. Pouvez-vous imaginer 12 athlètes tous avec des programmes d’entrainement différents et le casse-tête logistique que cela pose? Pouvez-vous imaginer un instant ce même scénario avec 30 joueurs dans un sport collectif comme le rugby ou une unité offensive ou défensive en football? Dans l’image ci-dessous, vous pouvez constater que les propos de trois préparateurs physiques en sport collectif (2 en NFL et 1 en Rugby) abondent dans le même sens.

La question mérite donc d’être posée : est-il possible pour un entraineur sportif ou un préparateur physique dans un sport collectif d’individualiser le contenu des séances d’entrainement? Est-ce utopique de vouloir individualiser ou existe-t-il un moyen plus pragmatique d’accorder une attention aux besoins individuels de chacun sans compromettre le bon déroulement de la séance d’entrainement?

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *